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Axel
WOLKENHAUER prix du Conseil Général du Haut-Rhin et de la Ville de Colmar, 2000 Au
fil de son existence, Axel Wolkenhauer a résidé durant de longues
périodes dans plusieurs pays différents, dont il a dû pratiquer
les langues et il s'avère que cet élément biographique
détermine de manière très profonde les formes et les significations
de ses oeuvres.Ses sculptures réalisées en bois sont souvent composées autour d'une fore longue, évidée, qui rappelle l'aspect d'un modèle réduit de pirogue, trop petit pour qu'un être humain puisse y trouver place, mais à laquelle sont greffées, à l'aide d'éléments de métal parfois très visibles, des ailes, des pieds, des têtes. D'autres membres peuvent aussi s'ajointer à une valise ou une béquille, le trait commun de ces objets étant de faire allusion au voyage, aux déplacements de toutes natures. De plus, bien que son nom soit d'origine allemande et bien qu'il vive en Alsace, la plupart des oeuvres de Wolkenhauer portent des titres rédigés dans la langue véhiculaire planétaire qu'est aujourd'hui l'anglais mais qui, entendue d'une oreille étrangère, demeure dans la nomination de certaines choses usuelles riche de suggestions poétiques et donc, pour un artiste, source de propositions plastiques inattendues : l'idée du bateau ailé intitulé simplement Flying boat peut avoir eu pour origine l'usage en anglais de ce terme pour désigner un hydravion... Les noms peu engageants des hôtels dont les étiquettes sont collés sur la Walking suitcase, et la phrase lapidaire : "The storm is over / The Damage is done" gravée dans la barre de grès qui a plié en deux le Broken boat, confirment l'importance du langage dans la pensée créatrice de Wolkenhauer. Cette mise en contact très apparente des mots et des choses dévoile qu'au delà des suggestions formelles, le langage est dans le travail de Wolkenhauer le moyen d'un humour dont la nécessité s'avère vitale face aux difficultés du voyage - Difficult journey - qu'est tout au long de sons cours l'existence humaine. Les embarcations portent en effet, avec la patine commune à toutes ses oeuvres, des traces de réparation qui témoignent des périls, des tempêtes qu'elles ont affrontées et lorsque, dans Equilibrium la barque semble au repos sur une colonne qu'aurait désertée son stylite, elle est le lieu précaire où une figure semble divisée en deux âges et se contempler dans un miroir, oscillant comme le fléau d'une balance qui, pour une fois, mesurerait la fuite du temps. Dans des pièces plus anciennes, Wolkenhauer avait accumulé un grand nombre d'objets identiques, parmi lesquels seul l'un d'eux différait, comme si, par la discrète invention qui l'avait singularisé, il était tout à la fois porteur du geste et de l'image de l'artiste au sein d'un monde et parmi des visages menacés par l'uniformisation. Ses travaux récents, animés d'une vie secrète par le jeu des choses avec les signes, me semblent empreints d'une égale dimension symbolique, et, par une composition de leurs éléments faisant de chacun d'eux une sorte d'hiéroglyphe en trois dimensions qui aurait cependant conservé sa part d'énigme, ils pourraient alors apparaître dans leur ensemble comme des "Autoportraits de l'artiste en voyageur"... Paul Guérin |
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