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Veit STRATMANN prix de la Ville de Strasbourg,1992
Déjà remarqué pour l'originalité de son travail
alors qu'il était encore élève à l'Ecole des Arts
Décoratifs de Strasbourg, vers les années 1985-1986, Veit Stratmann
s'affirme de plus en plus comme une figure marquante de la Jeune Sculpture contemporaine.Peut-être plus proche de l'objet, à ses débuts, la pratique de Stratmann semble évoluer depuis peu vers l'architecture, ces deux stades ayant en commun la mise en scène de la pièce sculptée, son "installation", selon la désormais conventionnelle appellation de cette tendance de la sculpture actuelle qui remet en question les notions traditionnelles d'immobilité et de pérennité, le caractère définitif de l'oeuvre, et qui modifie, ce faisant, le statut de l'espace qui l'entoure, posant à chaque nouvelle présentation d'autres exigences ou, au contraire, jouant avec les exigences du lieu d'accueil. Ces deux derniers aspects sont assez clairement illustrés dans deux pièces réalisées par l'artiste à six ans d'écart, et qui ont pu être vues par le public sur le territoire régional à une époque où Stratmann exposait très régulièrement ses travaux en Allemagne ou à Paris. La première série de pièces, acquise par le FRAC Alsace en 1986, se compose de deux ensembles de têtes (à disposer au sol en cercle resserré) et de bustes (à disposer au sol en cercle large), en plomb. Caractéristiques du premier stade, que nous avons défini comme celui de l'"objet", ces oeuvres de petites dimensions, maintes fois présentées au fil des itinéraires du FRAC dans des lieux différents, déterminent, à chaque nouvelle exposition, la place dont elles "ont besoin", en fonction de leur configuration dans le nouvel espace. L'apparent mausolée de béton et de terre, installé il y a quelques mois dans le grand escalier du Palais du Rhin à Strasbourg, se proposait quant à lui de répondre à la présence imposante de l'architecture du lieu, à son incontournable monumentalité par un parti pris cette fois architectural. Le matériau mis en oeuvre est , dans les deux cas, particulièrement significatif. Le plomb, il y a quelques années, le béton, aujourd'hui, employé régulièrement comme l'attestent d'autres réalisations montrées en 1992 à Hambourg ou à Angoulême, participent de ce choix de matériaux anti-nobles par excellence, considérés dans leur utilisation comme plus fonctionnels qu'esthétiques, auxquels l'art contemporain nous a habitués. Mais ce choix, ici, entraîne aussi le spectateur dans une poétique de l'illusion : malgré leur petite taille, les butes et les têtes semblaient d'une densité, d'un poids défiant tout effort pour les soulever, rivés au sol à tout jamais comme l'édicule du Palais du Rhin dont l'impressionnante chape de béton suggère l'idée d'un tombeau irréversiblement clos. Créant une image forte, voire théâtrale, cohérente à travers le temps, les pièces de Stratmann se jouent ainsi de leur propre mobilité - du moins elles nous le font croire ! - plaçant le spectateur devant l'énigme même que la sculpture contemporaine, tel un Sphinx insistant, incarne : "Qui suis-je ? Suis-je bien ce que vous voyez ? Mon apparence est-elle ma réalité ?" Evelyne SCHMITT |
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