Né
en 1943, Robert Stephan a choisi exclusivement le bois mort des forêts
proches de son village, Kertzfeld, pour y formuler, avec le sobre lyrisme de
ceux qui vivent dans une réelle proximité avec la nature, une
très personnelle "poésie sculptée".
Ses outils d'écriture
sont des tronçonneuses de tous calibres qu'il manie en athlète
pour inscrire au coeur du bois la vibration de la lumière avec la précision,
la légèreté d'un aquarelliste ou d'un calligraphe.
Son encre, c'est
fréquemment le feu qui donne au végétal l'éternité
d'une stèle ou d'une colonne, mais aussi des pigments bleutés
ou du plâtre blanc, rappellant ainsi l'infini du ciel ou la pureté
des premières neiges ou encore la terre séchée imprégnant
ici ou là le bois brut.
Qu'elles aient
l'aspect de "totems" ou de "pages d'écriture", les
oeuvres de Robert STEPHAN sont animées à la fois d'un rythme interne
et d'un puissant élan vertical : les incisions régulières
qui les creusent ou les ajourent suggèrent par leur simple nombre l'activité
d'une pensée à l'oeuvre pendant leur inscription, exposée
parfois à la violence impatiente d'une longue, profonde entaille oblique,
jusqu'à épouser finalement la souple torsion de cette lame de
bois, accueillante comme une page au secret qui lui a été ainsi
confié.
Ce pourrait être
un partage confiant du temps que donnerait ainsi à lire Robert Stephan
: le temps obscur des croissances de formes, ou celui, plus visible, d'une prolifération
des signes dévoilant soudain une parenté surprenante avec celle
des cellules vivantes.
Et la poudre qui
s'est fixée en les colorant dans les multiples accidents de surface,
au creux de ces patientes inscriptions, ne serait plus alors le signe de la
fragilité essentielle de toutes choses mais simplement les traces laissées
par le regard, caressant comme une main légère la peau silencieuse
de la matière.