Robert STEPHAN
prix de la Ville de Colmar,1999

Né en 1943, Robert Stephan a choisi exclusivement le bois mort des forêts proches de son village, Kertzfeld, pour y formuler, avec le sobre lyrisme de ceux qui vivent dans une réelle proximité avec la nature, une très personnelle "poésie sculptée".

Ses outils d'écriture sont des tronçonneuses de tous calibres qu'il manie en athlète pour inscrire au coeur du bois la vibration de la lumière avec la précision, la légèreté d'un aquarelliste ou d'un calligraphe.

Son encre, c'est fréquemment le feu qui donne au végétal l'éternité d'une stèle ou d'une colonne, mais aussi des pigments bleutés ou du plâtre blanc, rappellant ainsi l'infini du ciel ou la pureté des premières neiges ou encore la terre séchée imprégnant ici ou là le bois brut.

Qu'elles aient l'aspect de "totems" ou de "pages d'écriture", les oeuvres de Robert STEPHAN sont animées à la fois d'un rythme interne et d'un puissant élan vertical : les incisions régulières qui les creusent ou les ajourent suggèrent par leur simple nombre l'activité d'une pensée à l'oeuvre pendant leur inscription, exposée parfois à la violence impatiente d'une longue, profonde entaille oblique, jusqu'à épouser finalement la souple torsion de cette lame de bois, accueillante comme une page au secret qui lui a été ainsi confié.

Ce pourrait être un partage confiant du temps que donnerait ainsi à lire Robert Stephan : le temps obscur des croissances de formes, ou celui, plus visible, d'une prolifération des signes dévoilant soudain une parenté surprenante avec celle des cellules vivantes.

Et la poudre qui s'est fixée en les colorant dans les multiples accidents de surface, au creux de ces patientes inscriptions, ne serait plus alors le signe de la fragilité essentielle de toutes choses mais simplement les traces laissées par le regard, caressant comme une main légère la peau silencieuse de la matière.
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