Dominique STARCK prix de la Caisse d'Epargne d'Alsace,1991
Dominique Starck peint à l'huile selon une technique traditionnelle mais
son support est le panneau de forex, produit de l'industrie moderne. Ses oeuvres
se présentent comme une grande page blanche, écran sur lequel
viennent s'inscrire des signes colorés formant de grands pictogrammes
sur lesquels on peut lire parfois la forme esquissée d'un visage ou un
paysage.
Jouant sur les
effets d'une vision lointaine et d'une vision rapprochée, ces oeuvres
sollicitent la présence active du spectateur : intrigué par les
grands espaces blancs mangés par le dessins, il ne manquera pas de s'approcher
pour découvrir alors, par une sorte d'effet de zoom, une vie foisonnante
: multitude de détails, figures, scènes diverses miniaturisées,
que cette écriture colorée a enregistrée.
La démarche
créatrice de Starck interroge tout autant le processus de la vision que
celui de la mémoire : cinéphile passionné, il voit et revoit
les mêmes films qu'il mémorise et revisite sur le papier.
Assis dans les
salles obscures, il a sur les genoux une feuille sur laquelle il trace rapidement,
sans regarder ce qu'il dessine - sinon avec l'oeil intérieur - le souvenir
d'un plan qui lui importe. Reste alors un suspens graphique d'une impression
visuelle et émotive d'images enfuies dans le déroulement linéaire
de la pellicule.
Une extrême
sévérité artistique guide ses choix cinématographiques
et le souci autobiographique fait le reste, les films s'imposant en fonction
d'analogies avec sa vie, pour une image parfois, pour une séquence où
quelque chose se joue et dont il éprouve, sur le moment, la nécessité.
Dominique Starck
est également un sculpteur du "presque rien" : utilisant la
paraffine qu'il travaille de ses ongles seuls, il fait naître des amibes,
animaux microscopiques, des indiens, des danseurs, comme si, là encore,
son oeuvre, jouant avec les limites de la perception pour révéler
des univers insoupçonnés, avait fait sien ce précepte de
William Blake :
"See the world
in a grain of sand
And Heaven in a wild flower"