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Denis Serre prix du Conseil Général du Bas-Rhin,1995
Si la peinture de Denis Serre se découvre dans les multiples richesses
de ses qualités plastiques, gestuelles, coloristiques, comme dans la
rigueur de la construction du tableau, c'est une attitude de recherche systématique
et diversifiée qui fonde ce qu'il nomme un "portrait de la peinture".Ce portrait est brossé sous la forme d'une savante déclinaison de plusieurs genres, développés simultanément en une "énumération des constituants de la peinture" qu'illustrent avec une grande intelligibilité tableaux monochromes, compositions abstraites, interventions du modèle et de la photographie, peintures de texte voire peintures inspirées par le motif. Refusant tout cloisonnement formaliste, Denis Serre encadre un tableau avec une peinture, confronte un geste et un motif, un châssis avec un autre châssis et aboutit ainsi à la création d'une nouvelle forme de polyptyque qui demeure signifiant et révélateur du monde. Denis Serre organise une relation active entre un modèle représenté "fidèlement" sur la toile par transfert photographique et des formes abstraites, géométriques, incluses dans le tableau, qui pourra évoquer un effet de perspective dans, par exemple, la mise en scène d'un beau corps de femme regardant la peinture. L'artiste instaure ainsi une dialectique entre le sensuel et le cérébral, la figuration et l'abstraction, le plan et le volume, faisant aussi de son tableau une référence à l'histoire de la peinture. Prenant
la peinture pour modèle, Denis Serre joint le geste à la parole
en écrivant dans et avec la peinture par l'inscription de mots dans le
tableau qui établissent une indissociable relation entre le message et
sa mise en oeuvre, la "lecture" se révélant alors un
perpétuel va-et-vient entre la forme et le sens.Si l'on constate aisément l'utilisation d'un grand nombre d'éléments appartenant au vocabulaire des artistes d'aujourd'hui, ceux-ci : photographies, textes, châssis découpés, techniques mixtes, pièces sculpturales sont convoqués pour une interrogation-célébration de la peinture à l'exclusion de toute autre forme de pratique artistique. Cette détermination témoigne d'une belle lucidité qui a su à partir de repères semblant infranchissables - et l'on songe à Rothko, Ruscha, Kelly, Stella, Johns.. - tracer avec conviction un itinéraire personnel. S'il avoue un intérêt privilégié pour la scène artistique allemande fortement marquée par Polke et Richter, ces exemples ne sont pas ignorés mais revendiqués : Denis Serre sait à l'évidence où se situer. Son identité est faite d'une apparente diversité, inlassablement développée et enrichie d'éléments complémentaires, de recherches convergentes, constitutifs de l'homogénéité d'un travail qui compte sans conteste parmi le meilleur de la peinture française d'aujourd'hui. Jean-Yves BAINIER |
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