Till Roeskens
Bourse de la Ville de Strasbourg


S'il fallait choisir un mot pour introduire à l'œuvre de Till Roeskens (né en 1974 à Fribourg-en-Brisgau), celui de déplacement , entendu dans toutes ses significations, conviendrait le mieux, tant pour éclairer sur les conditions de son activité que comme trait commun aux contenus des oeuvres qui en découlent.

Les oeuvres qu'il expose ici revêtent en effet les formes diverses de l'écriture, de la photographie, de la vidéo, de l'installation, de l'intervention dans l'espace urbain…Elles témoignent toutes de la profonde disposition de Till Roeskens aux départs « à l'aventure », à suivre les itinéraires labyrinthiques déterminés par le hasard de ses rencontres en jugeant dignes d'une égale considération tous les lieux qu'il traverse et toutes les paroles qui lui sont adressées.

La forme privilégiée sous laquelle il présente d'ordinaire son travail pourrait s'appeler en français la « conférence diaporama » lors de laquelle il accompagne de projections d'images la narration de son aventure, tissée des multiples histoires qui lui ont été confiées, et qu'il raconte avec une « neutralité respectueuse » à l'égard de leurs personnages – il lui arrive de se laver le visage lorsqu'il passe de l'un à l'autre, se faisant ainsi « page blanche » pour un nouveau récit - et un grand souci de précision à l'égard de ceux qui l'écoutent.

Selon ses propres termes, une histoire, «…c'est ce qu'on raconte et raconter, c'est faire des liens entre des choses, passer d'une juxtaposition de faits à une évolution (linéaire ou pas), c'est se placer dans l'ouvert du devenir, seul lieu possible d'un sens possible – même si toute histoire est une fiction… »

Croisée des chemins relève d'une démarche initialement plus organisée puisqu'elle a eu pour cadre un atelier réunissant quelques personnes, hébergées temporairement dans un asile de nuit, qui ont accepté de retracer avec lui la cartographie de leurs déplacements, de lui en donner les motifs, d'écrire quelques phrases sur leur lieu préféré, et sur celui de leur origine ou de leurs rêves…De cette topographie humaine, généralement insoupçonnée puisque particulière à chacun de ces êtres de passage, Till Roeskens en a conservé le tracé et les traces, sous un mode cette fois autant plastique que narratif, par l'installation permanente et discrète de plaques, commémoratives ou indicatrices, de ces pensées fugitives. Mais ces moments vécus, ainsi déplacés par leur nouvelle présentation graphique et photographique dans un lieu traditionnel d'exposition, gardent intacts le mystère de ces existences et le fragile éclat de l'entrevu.

Une bande vidéo, intitulée Mots-choses nous introduit dans l'intimité d'une partie – significativement choisie entre deux tunnels !- d'un trajet ferroviaire de Strasbourg à Tubingen., au cours de laquelle Till Roeskens et sa fille rivalisent joyeusement dans la nomination précise des éléments du paysage défilant sous leurs yeux. Empreinte d'une émouvante spontanéité, cette œuvre révèle alors - avec la poésie, toujours latente dans la plus aléatoire succession de simples mots ou de choses quotidiennes lorsqu'elle est soutenue par la vivacité de l'esprit et du regard - un lien jamais rompu entre la jubilation réelle de l'enfant et le vertige toujours possible de l'adulte dans toute tentative de description de l'infini du monde.


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