Animé d'un intense besoin d'absolu, Rabah éprouve, comme beaucoup
d'autres artistes, une grande réticence à l'égard des tentatives
d'explicitation de ses oeuvres qu'il préfère concevoir sur le
mode de l'image poétique, seule à même, comme le dit Bachelard,
de réaliser "une transmission d'une âme à une autre".
En quête
d'un tel indicible, c'est loin de tout anecdote qu'il s'est longtemps voué
à une recherche, oeuvrant dans le silence des matières avec, en
particulier, une prédilection pour le goudron, utilisé de différentes
manières : solide, liquide ou à l'état de pigment.
Le mystère
de l'élaboration des formes s'expose alors sans se résoudre dans
des superpositions - recouvrements, transparences - et les traces de leur sédimentation,
de leur genèse par divisions, pliages, multiplications, déploiement,
créent un espace autre où elles s'imposent au regard avec l'évidence
d'un phénomène naturel.
Dans ses derniers
travaux, la puissance de grands tracés noirs en est venue, par le fait
d'une nécessité profondément ressentie, à accueillir
l'image de l'homme. Mais quelles que soient les apparentes et imprévisibles
mutations de son oeuvre, Rabah n'en reste pas moins fidèle à ce
qui fait tout à la fois l'exigence et la ressource de sa démarche
créatrice : "La pratique artistique me laisse l'illusion d'un pouvoir
sur les forces tragiques. Dans ce sens me travaille la volonté d'élaborer
une géométrie intuitive, une science du sensible, pour tenter
une circonscription de l'angoisse".