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Ramona POENARU Lauréat 2003 du CEAAC Comme beaucoup d’artistes de sa génération, Ramona Poenaru met en oeuvre la photographie, l’installation, et la video, mais elle entretient avec ces techniques une relation dont l’originalité tient à son désir « d’arriver à établir un dialogue avec les machines en considérant la situation de manipulateur d’image/son comme un état de performance(...) ».Avec une grande fécondité créatrice, sensible dans le nombre et la diversité de ses projets, son engagement physique dans la plupart d’entre eux témoigne d’une mise à l’épreuve inventive de ces moyens dans leur capacité de communiquer non seulement des éléments de son univers personnel mais aussi une part du secret à la source d’une production d’imaginaire qui, dans certaines oeuvres, requiert parfois la participation du spectateur. C’est exemplairement le cas d’une oeuvre, constituée d’un long tapis rouge, silencieusement offert aux pas des visiteurs dont les passages font apparaître peu à peu au fil de la durée de l’exposition, cette phrase d’un poète roumain - pays dont Ramona Poenaru est originaire - : « Du point de vue des pierres les hommes sont une douce pression », inscrite sous l’étoffe avec des agencements de petits cailloux qui, par la subtile et presqu’enfantine magie de cette installation, prennent ainsi effectivement la parole. Cette évocation du jeu enfantin dans une transposition artistique tout à la fois adulte et contemporaine était aussi présente dans la petite maison transparente qui, désormais à l’état d’installation, fut le théâtre d’une performance réalisée lors du vernissage de l’exposition. Vêtue d’une robe (qui se retrouvera dans la vidéo Dans le bois, présentée au CEAAC ), Ramona Poenaru faisait se dresser les tresses de sa chevelure au moyen de ballons gonflés à l’hélium jusqu’à ce que leur nombre et leur volume soudain oppressant occupent tout l’espace et, réduisant l’artiste à l’immobilité, amène celle-ci à les faire éclater pour s’extraire du piège qu’elle s’était innocemment tendu en voulant donner à son corps l’apparence d’une fleur rouge vivante rouge et blanche... Une composante sonore fortement amplifiée contribuant à l’intensité dramatique est également présente dans la vidéo dont la projection utilise l’angle de deux murs contigus. Alors que dans des installations photographiques, Ramona Poenaru joue de la multiplicité des images pour donner une structure visuelle à la fluidité du vécu, le dispositif de cette vidéo rend imaginaire l’espace et tisse une continuité quasi-onirique entre des actions et de situations qui semblent relatives à l’enfance, à l’adolescence, à leurs curiosités et à leurs émotions . Des voix d’enfants, le tic-tac d‘une horloge, des bruits de pas se superposent à des visions toujours partielles et très rapprochées de branchages, d’un parquet, de tiroirs, prises par une camera qui fait participer aux mouvements, au parcours du personnage. Cette « subjectivité » de l’image se combine à des opérations techniques de flou, de solarisation qui, jointes au niveau élevé de la bande son, donnent l’impression - particulièrement lorsqu’un extérieur se réduit à une petite ouverture circulaire, trouant un fond d’un rouge qui semble être la couleur personnelle de cette artiste - que c’est de l’intérieur d’un corps qu’un monde est livré à notre regard.«Imposer un regard plutôt que de s’abandonner aux regards », telle est bien l’intention qui anime la démarche de Ramona Poenaru et l’effet recherché dans les dispositifs qu’elle élabore autour des activités et des images de sa personne; les moyens audiovisuels modernes utilisés pour notre immersion dans cet imaginaire semblent alors s’inscrire dans la tradition (et le fantasme) de l’oeuvre d’art total, délestée toutefois de la dimension collective du mythe pour prendre ici en charge une problématique apparemment plus individuelle. Pourtant, même si elle avoue une « boulimie d’images », aucune confidence d’ordre intime n’est à l’horizon de l’étonnante productivité de Ramona Poenaru car malgré une complexité de moyens qui pourrait l’apparenter au théâtre, la performance s’en distingue cependant par la place très restreinte qu’en tant qu’art plastique elle accorde au langage verbal. Ce que son art révèle peut néanmoins nous toucher car il est d’un ordre plus universel et contemporain: ce serait notre commune appartenance à une monde dans lequel l’industrie offre désormais à chacun les possibilités de produire à tout instant des images de son existence et de les modifier à volonté jusqu’au point où s’effacent les traces de leur greffe initiale à un réel. Si « une image vaut (ou coûte, selon l’informatique ) mille mots », le laconisme des titres de Ramona Poenaru, souvent énoncés en des langues différentes, est paradoxalement à la mesure d’une part, de ce que visent ses accumulations et manipulations d’images, comme par exemple dans une installation audiovisuelle significativement intitulée Aussi vite que la pensée, et d’autre part, à la mesure du mutisme dévolu au corps lorsqu’il est devenu dans ce qu’elle appelle « l’état de performance » inséparable de ses prothèses imaginaires: exposé, selon ses propres termes « à l’impossibilité et à la nécessité organique du dialogue, de la communication » et perpétuellement en chemin vers « une rencontre (illusoire) et une perte (extatique) ». |
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