"Les Pisseuses" bourse
de la Ville de Strasbourg,1998
Les "Pisseuses" est un groupe, formé en 1995, de quatre artistes
qui, tout en développant chacune un travail personnel, ont choisi de
pratiquer ensemble divers modes de création plastique explicitement fondés
sur le rapport de leurs identités féminines à la ville,
à l'amour, au corps et au monde de l'art.
Longtemps, la célébration
artistique du féminin est allée de pair avec un certain degré
de sous-estimation culturelle et sociale sous la norme du masculin. Si la communication
contemporaine (singulièrement la presse et la publicité) paraît
en faire aujourd'hui une cible, une matière première et un thème
essentiel de ses messages, cette nouvelle publicité accordée au
féminin, sous des airs "émancipatoires" de reconnaissance
tardive d'une dimension essentielle de l'humain, n'en soumet pas moins l'expression
à des formes, à des limitations moins avouées mais aussi
effectives que celles du passé.
La féminité exposée de l'art des pisseuses se plaît
à transgresser les nouvelles frontières convenues entre l'intime
et le public et embrasse des formes très variées : installations,
bandes vidéo, "mail art", graffiti, objets, dessin...
Par leur méthode,
ces actions artistiques rappellent certaines expériences collectives
ou interventions des premiers Surréalistes ; elles s'élaborent
au gré des lieux (rues, murs des villes), des circonstances (colloques,
expositions...) à la manière d'une aventure, d'un journal intime
à quatre voix et à plusieurs mains.
Ces oeuvres jouent
de troublantes ambiguïtés entre contenu "provocant" et
fragilité formelle, entre l'érotisme et l'enfance (ses jeux ou
ses dessins), notamment dans la création d'objets, le recours à
des matières qui se réfèrent à la sensibilité
d'un corps et mettent ironiquement à l'épreuve l'acuité
de perception et les limites d'acceptabilité du milieu de l'art.
La démarche
des "pisseuses" est ainsi révélatrice, sous des formes
volontiers furtives ou éphémères, souvent ludiques, toujours
inattendues, de ce que le féminin peut garder d'irréductiblement
insolite - voire insolent - aussi bien dans l'art que dans la vie quotidienne.