Lionel PETITHORY Bourse de la Caisse d'Epargne d'Alsace 1988
Depuis 1983, l'itinéraire entrepris par Lionel Petithory a traversé
les domaines de la photographie, du dessin et de la peinture, développant,
avec constance et dans des conditions parfois ingrates, une oeuvre qui est aussi,
pour reprendre le titre d'une publication à laquelle il collabora un
temps, un "art de vivre".
Celui-ci repose
sur l'établissement de contraintes variables, liées tantôt
à un type de prise de vue photographique (en voiture, à la rencontre
de ce qui vient), tantôt à un format et à un papier particulier
dans sa pratique quotidienne du dessin, ou, d'autres fois, à la répétition
d'un motif peint sur les murs de bâtiments inhabités.
Mais ces limitations,
qu'elles soient forcées ou librement choisies, ne sont posées
que pour stimuler ou entretenir une production permanente, en quête de
la plus grande intensité expressive.
Elle pourra naître
de la surprise suscitée par la découverte de signes ou de silhouettes
encore discernables avec et malgré l'usure naturelle de leur support,
d'expressions jusque là inconnues de visages engendrés plus que
déformés par une fondamentale liberté du trait ou du pinceau,
enfin, de couleurs qui, dans ses peintures, incarnent des êtres moins
monstrueux que dramatiques, peut-être d'avoir dû jusqu'ici demeurer
exclus de tout catalogue des espèces.
C'est en effet,
jour après jour, un peuple étrange qui est inlassablement figuré
dans cette oeuvre, avec sa prolifération et ses mutations aussi fréquente
qu'imprévisibles. L'existence et la substance de ces figures n'est que
plastique : leur drame est, au fond, leur plasticité-même, cette
vitesse à prendre forme, à la perdre pour en retrouver, pathétiquement,
douloureusement, une autre, à l'infini, réalisant le désir
proprement artistique qui anime Lionel Petithory et qu'il formula en ces termes
lors d'un entretien avec Michèle Lavallée : "Faire que le
dessin, la peinture, ne soient pas à la traîne du monde".