Patrick NEU
Prix de la Caisse d'Epargne d'Alsace 1989

En 1988, Patrick Neu présentait, lors de "Nouvelles impressions de Strasbourg", une pièce révélatrice de certaines questions de fond qui sous-tendent la diversité de sa production plastique : un miroir, partie du mobilier de la salle d'exposition, avait été marqué régulièrement sur toute sa surface de traces de graisse déposées par l'empreinte d'un doigt.

La tentation du toucher offerte par un visible qui s'en protège par une fragilité ou une instabilité apparentes ; l'intégrité d'images, conduites à des degrés divers d'ébauche ou de finition, menacée par des matériaux amenés à des formes tantôt brutes, tantôt élaborées ; une relation étroite et subtile entre le minéral et l'organique, tels sont quelques uns des traits communs aux peintures et sculptures de cet artiste.

Ici, la cendre se mêle aux pigments et à l'huile pour donner corps à un nu, presque grandeur nature, flottant comme une apparition fantomatique à la surface d'un velours rouge qui se défait en plis... Là, un cavalier de plomb repose aux creux du papier fin et calciné d'un livre minuscule dont les pages, vierges de tout récit, furent évidées à son image pour lui servir de moule... Ailleurs encore, une Descente de Croix, inspirée d'un tableau de Rembrandt et peinte au revers de la dépouille d'un vison, semble énoncer un paradoxal et saisissant commentaire du Mystère de l'Incarnation. La force du travail de Patrick Neu est d'avoir préféré à la recherche stylistique d'un vocabulaire formel "personnel" (reconnaissable de loin dans la cohue des expositions collectives) une aventureuse expérimentation matérielle, parfois proche d'une sorte d'artisanat ironique, habile à faire naître des drames muets par la mise en présence de substances hautement hétérogènes.

Ces scènes mystérieuses, ces greffes violentes opérées par l'image, la main, ou le feu dans la vie secrète de la matière entretiennent dans les oeuvres qu'elles engendrent et fragilisent à la fois une sourde activité, sans nom et sans histoire, qui nous les rend aussi charnellement qu'étrangement familières.

Paul GUERIN
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