Gabriel MICHELETTI
prix de la Région Alsace,1999

Si Gabriel Micheletti, né en 1942, semble s'être voué au "genre" du paysage, c'est peut-être parce que l'éloignement du motif ainsi choisi et sa naturelle démesure mettent à la distance qui convient l'objet d'un désir très-ancien : celui d'un art pour lequel l'extériorité du monde n'est pas celle séparant le modèle de son image mais l'horizon sans cesse reculé par son progrès même d'une méditation sur le dessin et la peinture.

Les techniques que Micheletti expérimente avec la culture passionnée de l'autodidacte et la précision du scientifique imposent à son exécution la lenteur d'une écriture : chaque point, chaque tracé est visible comme la suite des mots, des phrases du texte d'un auteur qui aurait su rendre indiscernables, dans une égale lisibilité, l'expression juste et la toujours éventuelle rature préalable.

Son oeuvre est cependant fondée sur le dépassement, la mise en défaut d'une virtuosité constamment menaçante du fait même de l'exigence absolue de justesse qu'elle ne cesse de s'imposer et que chaque pièce, à son terme, parvient à satisfaire à nos yeux, à approcher, à ceux de l'artiste...

Le paysage dans son lointain, l'abrupt d'un flanc de montagne avec ses anfractuosités sombres et la blancheur de ses nappes neigeuses, seraient dès lors moins le contenu de ces oeuvres qu'une image métaphorique de l'oeuvre en travail : de la résistance, des obstacles opposés et des appuis offerts par le papier les pointes feutre, la couleur à cette aventure spirituelle qui, comme l'ascension d'un sommet, met en jeu un partage de l'oeil et de la main, requiert du regard d'alterner la vue d'ensemble et l'examen attentif, rapproché de chaque détail de la surface.

A se vouloir des écritures de paysage, inscrites sur des formats constants, à l'instar des pages d'un livre, et s'astreignant comme les langues naturelles à une stricte économie de signes et de couleurs pour répondre à la profusion du visible, le geste de Micheletti, par la pesée longuement méditée à la laquelle il soumet chacun des tracés de son alphabet plastique, met à jour un paradoxe de la sensibilité. Son oeuvre fait surgir dans la présence un monde par un tressage - d'une patience et d'une discrétion quasi-anonyme - de traces qui n'en révèlent pas moins, dans une jouissance évidente à partager, la plus intime singularité d'une expérience humaine :

"Dessiner des paysages : c'est un prétexte pour m'arrêter longuement, attendre, atteindre l'état visionnaire qui m'incorpore au rythme de la géologie. Il suffirait que je devienne le plus petit fragment de ce paysage pour que je gagne l'éternité." P.G.
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