Christophe
MEYER prix du Conseil Général du Bas-Rhin,1990
S'il fallait caractériser d'un seul mot l'ensemble des travaux présentés
depuis dix ans par Christophe Meyer, l'impression immédiate qu'ils produisent,
c'est celui de puissance qui conviendrait le mieux.
Dès l'exposition
"Corps à corps", l'énergie déployée dans
le dessins donnait à ses figures une présence colossale, figée
dans l'effort d'une lutte commencée depuis la nuit des temps.
La peinture leur
a ajouté une densité matérielle qui rend pratiquement tangible
la texture du monde d'où elles viennent et dans lequel l'animal, l'homme,
la terre et les astres participent d'une substance fondamentale commune, propice
aux hybridations et aux métamorphoses.
Sciure, copeaux de pin, paille, herbe, bois, clou se mêlent à divers
types de peintures sur du carton ou du papier froissé et de ce terreau
naissent guerriers, hommes-bisons, hommes-loups,... qui transforment les murs
des lieux d'exposition en une sorte de fresque ou de procession d'êtres,
fixant sur nous d'intenses regards ouverts au sein d'une matière brute,
à l'instar de masques ou fétiches venus de civilisations lointaines.
Qu'il s'agisse
d'ex-voto peints de couleurs lumineuses ou de ces grandes figures, plus sombres,
telluriques, l'alchimie de Christophe Meyer, mettant en oeuvre selon des règles
très personnelles des matériaux aussi bien industriels qu'organiques,
semble avoir trouvé le secret d'évoquer des puissances oubliées
; elle donne en tout cas à ces images, sinon une efficacité quasi-magique,
du moins une saisissante force de conviction, fondée sur la troublante
proximité qu'elles révèlent entre un imaginaire empreint
d'archaïsme et une pensée plastique authentiquement contemporaine.