PASCAL MASSON
prix de la Ville de Mulhouse,1995

Détachée du continu de l'espace et de la durée, précise, présente mais cependant suspendue dans le vide de l'absence, la photographie fascine par ce rapport ambigu d'être semblable à son modèle et pourtant toujours un peu différente. Ca a été, mais ce n'était pas ça"*.
Mon travail repose sur cet aspect de la photographie, la fiction. Les portraits, les objets ou les paysages que je mets en image perdent leur sens premier. Les portraits se déshumanisent et deviennent statues. Les fragments de paysage, les objets familiers ne se reconnaissent plus eux-mêmes, mais ont existé tels que je les représente. Mes images sont matière, mélange subtil d'ombre et de lumière. Nul n'est besoin de trucages, de mise en scène, la vie à travers l'objectif s'en charge elle-même. Il suffit de regarder. Mes clichés, souvent lieux communs, sont au bord du minimalisme, avec une pointe d'humour, de la lumière et une grosse poignée de sel d'argent. "Au coeur de la photographie est la poésie de la trace, du vestige.
Quelque chose est passé par là, a laissé trace ; imaginez..."*

Pascal Masson
* textes extraits de l'ouvrage "L'ombre et le temps" de J.C. Lemagny (Nathan)

Difficile s'avère la tentative de classer le travail photographique de Pascal Masson. Ni portraitiste, ni paysagiste, ni sculpteur, ni abstrait. Ici, la photographie se trouve mise à nu, à son tour, par un célibataire qui se joue des catégories, construisant et déconstruisant ce réel obstinément accroché au médium, déplaçant l'angle de vue, contaminant la vision en parfois d'imperceptibles glissements, parfois des chocs visuels propres à perturber nos certitudes les plus ancrées. Sans doute conviendrait-il d'évoquer le caractère délibérément euphorique d'une telle attitude. De la nudité d'un visage, d'un fragment du corps, ou d'oeuvre, à un paysage ou un objet, qui peut nous paraître le plus enclin à une crudité, à une échappée du sens ?
Dans les photographies du Retable d'Issenheim, le doute s'installe. La séquence photographique contamine l'objet supposé peint, celui-ci devient surface d'ombres et de lumière, rêverie photographique. Par ce geste iconoclaste, congédier la peinture, Pascal Masson réintroduit un doute quant au genre. Même ambiguïté face au modèle. La photographie resacralise l'objet à louer (Made in Eric) ou à consommer (la série vaisselle). Le triptyque J.P.G. emprunte plus à la statuaire qu'au portrait. Par une opération de détournement, ou de retournement, la photographie s'approprie des espaces inavoués. Au visiteur de "recoller" désormais les morceaux, recomposer ce qui s'est brisé, ce qui échappe.

Pierre Giquel
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