| |
![]() |
Florence
MANLIK bourse de la Ville de Mulhouse,1998
Qu'il prenne la forme apparente de réalisations plastiques : dessins,
objets, bandes vidéo, ou d'une intervention de l'artiste en personne
dans le contexte d'une exposition ou dans le cadre d'un contrat de prestation
au domicile d'un amateur, le travail de Florence Manlik est toujours fondé
sur l'intensification subtile de rencontres entre elle-même : son existence,
sa disponibilité, et le monde extérieur, c'est-à-dire des
personnes, conviées non pas à un spectacle mais au partage d'une
situation réelle, de ce qu'elle appelle très exactement : "l'espace
entre nous".Dans des lieux aussi banals que divers : un cabinet de consultation, une chambre d'hôtel à la porte laissée entr'ouverte, une soirée privée, une cabine de peep show dans une foire de l'art, un bar, la vitrine d'un grand magasin, les murs d'une galerie d'art, les pages d'un journal ou d'un catalogue, Florence Manlik crée et propose des conditions d'un rapport à sa présence, à des objets, à des images, qu'elle affecte d'une discrète étrangeté par le choix d'une règle arbitraire de comportement, d'une matière ou d'une couleur singulières, par une déformation, un détail incongru, suscitant de ce fait un contact, des paroles. Cette décision artistique qui prend sa source dans le vécu, la fantaisie, le sentiment ou une intensité momentanée d'existence de l'artiste, déstabilise soudain le conventionnel d'une relation, la qualité ou l'usage habituels d'un objet, la signification ou le message d'une image : "je veux, dit-elle, crever la surface, la pellicule de réalité sous laquelle j'ai construit un laboratoire d'expériences personnelles ouvert 24h/24 à quelques créatures seulement ; car on ne rencontre pas n'importe qui." L'art de Florence Manlik, défiante à l'égard de toute forme artistique d'expression porteuse d'un contenu au moins partiellement déterminé, consiste donc à suspendre pour un temps les formalités - convenues et généralement souhaitées expéditives dans le cours de la vie quotidienne - de rapports aux êtres et aux choses pour (se) donner le temps et ouvrir l'espace d'une vraie rencontre : incertaine, aléatoire, à chaque fois surprenante, entre deux imaginaires, celui de l'artiste et celui de son partenaire. Cet événement s'inscrit alors pour l'un et l'autre comme un souvenir personnel, "une page de vie réelle laissée sur place". Paul Guérin février 99 |
|
|
|