Marc
LINDER prix du Conseil Général du Bas-Rhin,1991
Ce n'est certes pas uniquement sa forte présence dans les paysages et
l'architecture d'Alsace qui a valu au grès d'être le matériau
privilégié des sculptures de Marc Linder : cette roche, faite
de la sédimentation et de l'agglomération des débris de
roches plus anciennes et dont certaines variétés se prêtent
sous le ciseau à des prouesses figuratives, semble posséder -
jusque dans son effritement - une "mémoire" d'états
minéraux antérieurs telle qu'un artiste, désireux avant
tout "d'énoncer des faits de sculpture", a pu se découvrir
d'emblée "en intelligence" pratique et poétique avec
elle.
Ses travaux, qu'ils
se présentent sous l'aspect d'installations disposées au sol ou
d'édifications d'arcs et de colonnes, composent dans leur espace les
différents états de ce matériau (blocs bruts, adoucis,
entaillés, en éclats, en poudre) et retiennent dans leurs formes
- la géométrie imposant son évidence au regard comme l'architectonique,
sa résistance à la gravité - les gestes essentiels de la
sculpture : soustraire ou ajouter.
Cette égale "mise-en-oeuvre" de la pierre travaillée
et de ses chutes expose alors de façon condensée le récit
de ses métamorphoses tant naturelles que techniques ; elle raconte aussi,
par des références à des monuments archaïques, comme
le ferait une épopée ou une légende, ce qui pourrait s'intituler,
à tous les sens de ce terme : un Cycle du Grès.