Bernard Latuner est de ceux qui estiment encore que l'art ne saurait, comme
par magie, s'extraire du réel dont il se nourrit qu'on veuille ou
non. Estimant par conviction artistique autant que par éthique que l'art
peut, malgré tout et à certaines conditions, jouer un rôle
dans la société, c'est précisément avec l'iconographie
la plus récente, celle véhiculée par les affiches, la télévision
et le cinéma qu'il charge ses oeuvres.
Il faudrait un
jour mettre côte à côte ses toiles, les décors qu'il
réalisa à la demande du Théâtre National de Strasbourg,
ses participations à certaines revues (pensons notamment à Traverses
lors de son lancement), mais aussi l'immense documentation concernant les peintures
murales qui animent depuis longtemps les lieux publics pour saisir pleinement
la portée réelle de cette oeuvre. On pourrait alors découvrir
le fil autour duquel s'organise l'ensemble de cette création. On pourrait
voir se dessiner cette trajectoire qui passe insensiblement du thème
de l'inexorable écoulement du temps à celui de la dénonciation
des effets qu'une société fait subir au milieu urbain tout comme
aux espèces et aux sites.
Ce n'est pas seulement
l'oeil du peintre qui s'accroche aux formes, c'est la peinture toute entière
qui cherche à rivaliser avec la rudesse du monde, au risque (ou peut-être
dans l'espoir) de s'y confondre. Avec le balayage si caractéristique
de ses gestes de peintre, Latuner agite les électrons de notre mémoire,
nous laissant démunis face au spectacle de lieux porteurs d'histoires,
devenus soudain étrangement méconnaissables.