Bernard Latuner
prix de la Ville de Mulhouse,1994

Bernard Latuner est de ceux qui estiment encore que l'art ne saurait, comme par magie, s'extraire du réel dont il se nourrit qu'on veuille ou non. Estimant par conviction artistique autant que par éthique que l'art peut, malgré tout et à certaines conditions, jouer un rôle dans la société, c'est précisément avec l'iconographie la plus récente, celle véhiculée par les affiches, la télévision et le cinéma qu'il charge ses oeuvres.

Il faudrait un jour mettre côte à côte ses toiles, les décors qu'il réalisa à la demande du Théâtre National de Strasbourg, ses participations à certaines revues (pensons notamment à Traverses lors de son lancement), mais aussi l'immense documentation concernant les peintures murales qui animent depuis longtemps les lieux publics pour saisir pleinement la portée réelle de cette oeuvre. On pourrait alors découvrir le fil autour duquel s'organise l'ensemble de cette création. On pourrait voir se dessiner cette trajectoire qui passe insensiblement du thème de l'inexorable écoulement du temps à celui de la dénonciation des effets qu'une société fait subir au milieu urbain tout comme aux espèces et aux sites. Ce n'est pas seulement l'oeil du peintre qui s'accroche aux formes, c'est la peinture toute entière qui cherche à rivaliser avec la rudesse du monde, au risque (ou peut-être dans l'espoir) de s'y confondre. Avec le balayage si caractéristique de ses gestes de peintre, Latuner agite les électrons de notre mémoire, nous laissant démunis face au spectacle de lieux porteurs d'histoires, devenus soudain étrangement méconnaissables.

Claude Rossignol
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