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Gaby KUBLER L'aventure picturale de Gaby Kubler commencée dans les années soixante, c'est-à-dire cinquante ans après ce tournant historique, tire ainsi son authenticité d'une fidélité maintenue non à l'un des « styles » de l'Abstraction mais à cette expérience de rupture, affirmée dans une évolution rétrospectivement logique et par là-même très significative des espaces qu'elle a créés où, selon ses propres termes, le « réel (s'est) voilé » mais où « l'humain se meut, jubile et se construit sans cesse ». Cette intuition de la peinture comme d'un « voile » se concrétise dans ses oeuvres récentes, parfois présentées sans châssis, par des superpositions de nappes colorées, simultanément visibles par leurs transparences tout autant que par l'affirmation ou la dilution des leurs limites. Cette stratification chromatique, mettant en jeu une ou deux couleurs dominantes se déploie comme un fond sur lequel viennent s'inscrire des évènements plastiques de taille plus réduite mais décisifs pour la dynamique interne de l'œuvre. Certains d'entre eux sont récurrents d'une œuvre à l'autre comme ces cercles qui peuvent se répéter selon différentes intensités de présence sur une même toile, entiers ou partiels, réduits à leur contour tracé à main levée ou encore sous la forme discrète d'un semis de taches. D'autres n'apparaissent qu'une seule fois et sont alors affectés soit d'une plus grande énergie graphique, comme telle zébrure noire à l'approche de coups de brosse de couleur blanche, soit d'une complexité interne – par une soudaine multiplicité de couleurs juxtaposées - qui semble en faire de minuscules tableaux surgis tantôt au bord, tantôt au cœur de la toile. L'œuvre intitulée : « Ici nous avons posé l'obscur, nous avons posé l'éclat pour qu'enfin advienne… » montre la survenue de tels évènements en deux coins diagonalement opposés de la toile comme s'ils venaient d'un hors-champ, le tableau devenant ainsi la scène où contempler une mobilité d'ensemble et des éclosions éparses, un instant suspendues par la saisie du regard. Cette sensation d'une temporalité active dans le tableau révèle chez Gaby Kubler un art de la composition qui conjoint idéalement les significations picturale et musicale de ce mot. La richesse plastique de ces tableaux entraîne l'œil dans un parcours et une durée où il découvre successivement une multitude de détails apparaissant comme des traits mélodiques, rythmiques énoncés avec une grande variété de timbre sur un fond harmonique d'une plus large amplitude. Et la nature picturale de ces oeuvres fait en même temps accéder l'œil au privilège réservé à l'oreille du musicien : celui d'avoir simultanément présents à l'esprit tous les moments de la pièce qu'il interprète. Des toiles comme Déchirure , Pascal Dusapin ou John Coltrane font intervenir des effets de matière – par creusement ou empâtements -, des contrastes de luminosité, des effets gestuels qui étaient déjà présents à des périodes plus anciennes du travail de Gaby Kubler où ils étaient la caractéristique dominante d'une ou plusieurs toiles. Désormais, avec la liberté acquise par un constant désir d'épuration, ils jouent seulement un rôle local, analogue au choix d'un mot dans un poème ou d'un mouvement particulier dans une partition musicale. Cette maîtrise de plus en plus subtile d'un langage plastique qui nous donne chaleureusement à partager les émotions et la pensée qui l'anime réalise ainsi le vœu formulé par le très beau titre de l'une de ces oeuvres : « Que l'union intime avec les images Paul Guérin |
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