Dominique KIPPELEN
bourse du CEAAC,1995

Le projet "Les gouttes de pluies dans la poussière" réalisé et présenté au public l'automne dernier au Port du Rhin à Strasbourg est né du questionnement de Dominique Kippelen sur la notion de réalisation "in situ" dans le cadre de sa maîtrise d'Art Plastiques.
Intervenant dans une ancienne fabrique d'engrais elle a créé un environnement sculptural, luministe et sonore proposant un parcours sensible à fortes résonnances poétiques.

"D'un polyptyque du 15 ème siècle "La Vanité" (huile sur panneaux de bois)
à la deuxième station de l'espace sculptural "les gouttes de pluie dans la poussière" au Port du Rhin de Strasbourg, septembre 1995.

A PROPOS DU LETHE, (STATION 2)
"l'image (ou l'espace) est toujours à parcourir mais elle se doit d'être encore plus, à pénétrer".

L'obscurité, l'humidité, l'âcreté de l'air,
une fraîcheur frissonnante - un pas de trop à l'intérieur,
de l'espace souterrain.
Un rideau tournoyant d'une blancheur lumineuse, impalpable portique sur le chemin.
L'autre côté.
Une épaisseur obscure. Plus moyen d'avancer.
Chavirement, trouble, malaise.

Oppression. Compter avec le temps...
L'obscurité autour de soi.

Comme l'insecte vert diapré pose ses antennes - l'une puis
l'autre, à tâtons. Aveugle de toute façon.
On y arrive, doucement en s'approchant.
Moyen de reprendre pied,
dans le tréfonds.
Au gouffre trompeur, quelques mots à déchiffrer.

"In media vitae - In morte sumus"

Appel du vide. Vertige. Plongeon visuel.
C'est l'espace intérieur tout entier qui se reflète dans les eaux sombres et dormantes.
Une bouche béante, si profonde et immense, craquelant, couleur de souffres et de flammes.
Un plafond si vaste, structuré comme jeu d'échecs, sans cadre, ni châssis -
les marches d'un escalier vers l'au-delà,
une ligne joyeuse d'herbes verdoyantes
un rayon de soleil oblique de lumière naturelle...
Pêle-mêle.

Ses eaux glacées recueillies dans ce bassin au niveau du sol,
des eaux de pluie accumulées. Peu à peu.
De goutte à goutte,
ces gouttes le long des parois, rouille de l'immense citerne comme des rigoles d'eau salée
sur la peau tendre d'une peau de pêche.
Ces gouttes à elles seules tendent une surface réfléchissante, celle du miroir.

Sur le voile brillant, la sensation de repos,
"O mon âme, change-toi en petite goutte d'eau, et tombe dans l'Océan, à jamais introuvable."*

"In media vitae, In morte sumus"
"La mort gît au coeur de notre vie"

Et mon désir que veut-il
Rien que l'apaisement."

Dominique Kippelen
1er novembre 1995

* Faust de Christophe Marlowe, 1588 (trad. Rabbe).
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