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Matthieu HUSSER Prix de la ville de Mulhouse et du Conseil Général du Haut-Rhin, 2001
L'une des singularités les plus apparentes de la démarche de Matthieu Husser est de lier étroitement la peinture et la pratique de l'installation dans l'interprétation artistique qu'il propose de la dynamique matérielle des villes.Dans l'un de ses premiers travaux, il représenta sur les restes de papier peint du mur d'une maison abattue des personnes regardant des téléviseurs, donnant ainsi à la peinture surgissant inopinément dans le cadre d'une démolition urbaine le pouvoir de faire revivre des situations domestiques extraites de leur intimité pour être fixées sur l'écran d'un mur mais appartenant à un passé désormais révolu à cet endroit. Alors que dans cette oeuvre réalisée à Mulhouse, la peinture opérait à la manière d'un révélateur du temps (ainsi que le faisaient les moulages restituant les dernières attitudes des victimes du Vésuve à Pompeï ), elle apparaît cette fois simultanément comme une exploration de l'espace et une auto-représentation d'elle-même dans une série d'oeuvres faites lors d'un séjour de plusieurs mois à Berlin. Frappé par les importants travaux de rénovation urbaine consécutifs à la chute du Mur, Matthieu Husser réalisa à partir de plans de cette ville des tableaux, d'une tonalité de fond délibérément terne et sombre, sur lesquels il reporta aux emplacements exacts d'un certain nombre d'édifices les couleurs utilisées pour la restauration de leurs façades. En faisant de la peinture industrielle un motif artistique, Matthieu Husser - qui a travaillé autrefois comme peintre en bâtiment - considère implicitement la ville comme une scène de la couleur et, en étant, à tous les sens de cette expression, une peinture de la peinture, ses tableaux s'avèrent en même temps être les seuls lieux où les surgissements aléatoires de la couleur dans une zone étendue et au cours d'une période de temps déterminée puissent être embrassés simultanément et en un coup d'oeil. Sensible à cette mobilité, à cette métamorphose continue de la ville, Matthieu Husser a entrepris de donner consistance au vide urbain dans des tableaux-reliefs et des installations déployées au sol qui transposent, cette fois par des volumes, les tracés des rues et contours des places. Cette forme insolite de sculpture fait alors apparaître une configuration strictement propre à une ville, à l'un de ses quartiers, mais qui n'en demeure pas moins aussi peu familière - voire inconnue - que l'est une empreinte digitale à celui dont elle permet pourtant sans faute l'identification ! Il est significatif d'une expérience intimement ressentie de l'espace que cette attention portée sur le vide amène Matthieu Husser à concevoir des pièces de plus grandes dimensions, réagissant de ce fait plus fortement avec la taille (et l'environnement) du spectateur. Pythagore et les autres prend ainsi pour objet de son interprétation un bâtiment voisin de son atelier, d'une structure étagée assez complexe que rend sensible dans le tableau une couleur plus claire et le rendu des ombres portées. Et, de même que la peinture impressionniste relevait le défi de rendre la sensation lumineuse perçue des choses par des touches dont on a reproché à l'époque qu'elles fussent trop visibles, d'une finition semblant négligée, la restitution des vides se fait dans ce dernier type d'oeuvres par des constructions aux jointures laissées apparentes, comme faites à la hâte et utilisant des matériaux industriels d'apparence " pauvre ", employés pour la rénovation, l'isolation des édifices ou encore pour combler les vides dans l'emballage d'objets fragiles. Dans son originalité, la démarche de Matthieu Husser semblerait donc répondre à une certaine urgence relative à des " points aveugles " de notre expérience de l'espace urbain, laquelle, généralement préoccupée de bâtiments envisagés isolément pour leur fonction ou d'itinéraires de circulation, laisse dans l'ombre les effets sur notre sensibilité d'une matérialité de la ville saisie à un niveau cette fois plus global: la distribution et les récurrences de la couleur sur les surfaces, la sculpture de l'air libre par l'architecture et l'agencement urbanistique. Dans leur dualité - et leur corrélation - de peintures offertes au regard et de sculptures confrontant leur présence à la nôtre, les oeuvres de Matthieu Husser, réalisées à dessein avec des matériaux constitutifs de leurs " modèles " réels semblent donc concrétiser de manière déconcertante, sous leur aspect de morceaux choisis de continuum urbains, les objets innommés d'une perception inconsciente et pourtant réelle, quotidienne de la ville Paul Guérin & Lionel Van der Gucht |
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