Séverine HUBARD,
Bourse de la Région Alsace

L’impressionnante énergie déployée par Séverine Hubard (née en 1977 à Lille) dans ses nombreuses installations réalisées en France et à l’étranger depuis 1999 découle pour une large part de sa conception du travail artistique comme «création de dispositifs de matérialisation et de dématérialisation».

Constituée de plusieurs ensembles d’éléments de bois, soit assemblés sous forme de constructions posées sur des palettes de manutention industrielle, soit disposés sous forme de plaques sur des étagères le long d’un mur, et d’un moniteur vidéo, l’œuvre intitulée Contractage suggère en dépit de son évidente stabilité l’idée d’une activité temporairement suspendue, d’une mobilité de ses composants affectant aussi bien son occupation de l’espace que sa structure propre.


On imagine sans peine que certains éléments des objets construits pourraient avoir été extraits parmi ceux déployés, comme un répertoire de formes disponibles, sur les rayonnages voisins. Au lieu de polariser l’espace libre environnant par ses plans et ses lignes – comme le ferait une sculpture constructiviste posée sur un socle traditionnel – chacun de ces assemblages occupe sur ces étagères aux pieds hétéroclites un volume restreint par la surface de sa palette et, dans la plupart des cas, par la proximité de son voisin. Lorsque l’un d’eux se trouve seul à occuper son niveau de présentation, il est aisé de supposer que lors d’une exposition ultérieure de Contractage, un autre, déjà existant ou encore à créer, viendra à ses côtés moins pour en restreindre la visibilité que pour en déterminer un certain trajet d’exploration par le regard.

Malgré leur taille modeste, ces constructions articulent en effet leurs espaces restreints avec une diversité de composition qui sollicite chaque fois un examen aussi attentif à tenter de percevoir l’alternance de règle et de fantaisie selon laquelle s’est opéré leur montage que celui habituellement porté sur des maquettes d’architecture. La vidéo intégrée par Séverine Hubard à cette œuvre n’hésite d’ailleurs pas à proposer cette piste de « lecture  architecturale » puisqu’elle fait suivre chacune de ses prises de vues de bâtiments très divers par la photographie d’une pièce dont l’agencement en reprend certains traits caractéristiques. Et sur la même palette au revers du téléviseur est présentée une maquette d’un matériau cette fois assez homogène qui paraît reproduire par beaucoup d’aspects la structure de l’étagère voisine, réalisée au contraire avec des composants peu soucieux d’homogénéité car ils pourraient tout autant bien provenir de fragments d’objets mis au rebut que d’éléments neufs de « kits » en attente de montage.

Il serait pourtant naïvement réducteur de croire qu’avec cette référence avouée à l’architecture et cette pratique de la maquette, Séverine Hubard nous livre le fin mot de sa méthode ou du propos qui sous-tend sa démarche. Ne serait-ce que pour cette simple raison que, par leur mise en place dans l’installation, les « supports » de ces « informations » n’en demeurent pas moins des éléments de sa configuration, susceptibles par conséquent d’être déplacés, modifiés voire de disparaître dans une « interprétation » ultérieure de cette œuvre. La liberté de ce jeu avec l’échelle des choses, manifestée dans le rapport de ses constructions aux bâtiments et par la présence de cette maquette, révèle moins une désinvolture figurative qu’une immersion active de cette artiste dans le flux actuel des choses et des images produites par un outillage technique ici maîtrisé a des fins d’une très singulière exigence esthétique.

La double fresque composée par les éléments adossés au mur affiche une harmonie chromatique faite des multiples nuances de la couleur du bois dialoguant avec des densités variées de vert et ponctuée de quelques accents blancs. Cette dimension picturale est enrichie par des superpositions de ces plaques qui s’allient à la variété de leurs découpes et parfois du travail de leurs surfaces pour tracer des mélodies graphiques organisant le tout-venant chaotique de ces fragments. Et c’est à l’aune de cette subtile élégance compositionnelle – très proche de celle d’une improvisation de jazz – qu’il convient alors d’apprécier la consonance de ses petites sculptures avec ses photographies d’architectures…


L’énergie artistique de Séverine Hubard semble avoir pour enjeu de dissoudre l’Accumulation compacte des rebuts et des stocks pour leur rendre une fluidité autorisant alors des reconfigurations éphémères donnant Formes à des Vides ainsi reconquis. Sa réponse à cette urgence actuelle tire sa force de conviction d’une expérience très personnelle de plusieurs arts dont on aurait tort d’exclure celui d’intituler ses oeuvres : Contractage, condensant peut-être contraction et assemblage, ne témoigne-t-il pas d’une liberté poétique aussi sereinement inventive dans la réactivation des choses que dans celle des mots ?

P.G. janvier 2007
Liste des lauréats:





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