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Pierre
GAUCHER prix du Conseil Général du Haut-Rhin,1996 Récemment nommé "maître d'art" par le Ministère
de la Culture, Pierre Gaucher (né en 1958 à Sarrebrück) mène
parallèlement, depuis ses études à l'Ecole des Arts Décoratifs
de Strasbourg, une double activité de créateur en ferronnerie
et de sculpteur.Si, jusqu'à ces dernières années, sa sculpture déployait dans l'espace une calligraphie à la fois tendue et souple, initialement d'inspiration géométrique et ensuite plus libre, à partir de lingots ou de barres de métal étirées, écrasées au marteau, c'est aujourd'hui l'écriture - au sens littéral du terme - de sa pensée à l'oeuvre qu'il inscrit caractère après caractère, phrase après phrase, sur de grandes plaques de tôle. Celles-ci, d'un format originel identique, telles les pages dispersées d'un livre, se différencient d'être oxydées ou non, appuyées rigides au mur, posées au sol à demi enroulées ou dressées en équilibre plus ou moins fragile sur la tranche de leur courbure. Le texte qu'elles portent, conçu au fil de sa frappe n'est - souvent partiellement - lisible qu'à son envers comme s'il était le secret autour duquel ces feuilles se repliaient, ne s'offrant à la lecture qu'au prix d'un effort intellectuel de reconstitution à l'endroit ou d'un mouvement, de contorsions du corps du spectateur pour s'approcher de sa lettre. La résistance silencieuse et physique que ce texte oppose à sa lecture est en quelque sorte l'affirmation de sa présence en tant que forme qui partage avec nous la communauté d'un espace et de thèmes de méditation ; elle est aussi la continuation en notre esprit de cette résistance bruyante du métal à recevoir - pour la conserver - l'empreinte de la pensée, elle-même résistant mot à mot (comme on dirait : "pied à pied") à sa formulation, à "oeuvrer" jusqu'à ses limites l'étendue de ces "pages", à animer leur poids de la vibration régulière de ces lignes d'écriture. Toutes métalliques qu'elles soient, ces sculptures, par leurs reploiements (et peut-être aussi du fait du format proche de la taille humaine de leurs tôles) semblent habitées d'une sourde dimension organique dont le jeu oblige l'oeil à passer "de l'autre côté du miroir" et déchiffrer par fragments, à la mesure de son endurance, les empreintes laissées par une rage d'expression pour laquelle "aucune tentative de représenter le monde n'est la mesure de notre détresse". |
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