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Eric FROELIGER Bourse du CEAAC, 2001 Une certaine blancheur, parfois menée jusqu'à la transparence, revient comme une constante dans la singulière diversité de l'oeuvre d'Eric Froeliger, qu'il s'agisse de travaux prenant l'apparence tantôt de la sculpture, tantôt d'une mise en scène de l'image.Cette blancheur est certes consécutive au choix de certains matériaux: un polystyrène travaillé au cutter fut par exemple utilisé pour représenter l'ensemble des objets présents dans l'a-telier, l'unicité de cette couleur et de cette texture réunissant dans une énigmatique indifférenciation aussi bien le mobilier, le matériel d'entretien ou les instruments du travail que les produits - achevés ou non - de l'activité artistique menée dans ce lieu habituellement soustrait aux regards du public. Apparaissait ainsi dans une égale visibilité de tous ses éléments et sous la forme d'une oeuvre, la scène où, portée par un questionnement permanent et une suite de procédures techniques, l'oeuvre passe de son désir, à sa réalisation, à sa présence puis à son oubli ou à son dépassement dans la suivante, dans les suivantes...le blanc devenant alors la modalité visible d'une mise en question, d'une mise à l'épreuve même de la création plastique dans la variété désormais imprévisible des formes qu'elle peut revêtir. Les limaces d'Eric Froeliger agrandies à une taille presqu'humaine se révèlent ainsi des animaux éminemment plastiques plus aptes à modifier leur forme en fonction de leurs impulsions intimes ou des accidents du terrain qu'à se déplacer rapidement vers un but clairement identifiable. Réalisées dans un matériau dont le poli et la blancheur évoquent la porcelaine d'un évier soigneusement nettoyé de toute trace, de tout dépôt antérieur, elles rappellent également par leur forme l'aspect de la couleur au sortir du tube, posée sur la palette, au moment où la toile, elle aussi encore blanche, ouverte à l'infini des formes possibles, expose avant tout la question: " que peindre aujourd'hui ? ". Le discret humour avec lequel Eric Froeliger donne cette forme insolite à une question cruciale dans tout l'art du siècle dernier n'en éclaire pas moins la nécessité profonde qui non seulement a conduit un grand nombre d'artistes à pratiquer - successivement ou simultanément - la peinture et la sculpture mais encore a donné lieu d'une part, à des sculptures qui donnaient forme à l'espace avec un souci d'invention égal à celui des peintres de jadis et, d'autre part, à des tableaux prenant en l'absence de toute image représentée la consistance matérielle d'objets. L'image est en effet un autre objet du questionnement à l'oeuvre dans des pièces telles que les essuie-tout ou les matières grises qui doivent leur nom à l'utilisation de cendres comme pigment utilisé pour la reproduction d'oeuvres anciennes ou de photographies tirées de la presse quotidienne. Dans le cas des essuie-tout, les images imprimées au verso semblent avoir imprégné en profondeur ces rouleaux employés d'ordinaire pour le nettoyage d'une surface et, si le grain de ce papier en limite la fidélité, leur motif - en particulier lorsqu'il s'agit d'une colonne ou d'un personnage en pied - tire du cylindre sur lequel il est représenté une ironique présence d'objet. Alors que le rhodoïd est utilisé dans l'une des étapes de la reproduction photographique, les matières grises en font le support final d'un travail sérigraphique dans laquelle l'image est brouillée tout autant par la transparence et la brillance du support que par l'effet de l'eau sur le mélange de cendre et de colle, substitué pour l'occasion à l'emploi de l'encre. En un temps où les images prolifèrent dans notre univers quotidien sur une grande diversité de supports, Eric Froeliger choisit paradoxalement de nous en présenter certaines, symboliques du monde de l'art ou de l'actualité, brouillées, altérées par une subtile modification des substances ou des procédés utilisées pour leur reproduction industrielle. Par leur multiplication rendue ainsi possible, les images font l'objet de projections qui prennent sans cesse notre esprit - notre " matière grise " ! - pour cible mais dans lequel, du fait même de leur nombre et de leur fréquence, tout à la fois elles s'imprègnent et s'estompent, glissent vers l'informe ou le méconnaissable et c'est ainsi leur destin ambigu que rend visible l'art d'Eric Froeliger. Paul Guérin |
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