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Laurence
DEMAISON bourse du Conseil Général du Bas-Rhin, 2000 Ce
n'est certes pas sans de profondes raisons que Laurence Demaison s'est fixé
pour démarche de se prendre elle-même, seule, sans l'aide de quelque
assistant, non comme modèle, mais comme matière d'un travail photographique
troublant : la puissance singulière de ses oeuvres ravive en effet le
souvenir de récits fantastiques ou de croyances superstitieuses dans
lesquelles la fabrication, la "prise" d'une image s'exerçait
aux dépens de la substance charnelle, vivante de l'être représenté.Et, dans son autoportrait, elle semble vérifier une particularité de la langue italienne dans laquelle le verbe "ritrarre" signifie à la fois : "retirer", "détourner le regard" et "faire un portrait". Une série d'oeuvres intitulée "Ne m'abandonnez pas dans la nature" la fait apparaître la tête dissimulée par un sac de plastique dont seuls les plis bénéficient, par endroits, de la netteté de rendu réservée d'ordinaire aux traits du visage. Dans une autre série intitulée "A colin maillard", ce même visage masqué et assombri cette fois par un bas nylon s'estompe sous des tracés plus clairs - évoquant parfois un tatouage, un maquillage, le contour d'un heaume... - inscrits par le "bougé" de ses mains seules restées nues. Des pièces extraites de personnes étendent ce procédé au corps "en pied" et dans des attitudes qui suggèrent l'image de squelettes humains, animaux et, plus dramatiquement celle d'une silhouette embrasée par des flammes. Au delà d'une assez évidente dissimulation du corps "naturel", ces altérations de plus en plus poussées de son apparence accroissent paradoxalement le sentiment d'une présence sous-jacente, diffuse dans le fond et imposent progressivement l'idée que ce retrait est la condition pour la venue au jour d'un corps photographique. Sa substance composite de lumière et de mouvement ne doit dès lors plus rien à la nature mais est uniquement le fruit des procédés mis en oeuvre lors de la prise de vue : accentuation vestimentaire du contraste entre le clair et l'obscur, éclairage, coups de flash, durée du temps de pose... Devant la force de ces images qui donnent ainsi consistance à cette nouvelle espèce de corps, il me revient à l'esprit que la vogue du spiritisme, à la fin du XIXème siècle, se trouva curieusement coïncider avec l'essor de la pratique photographique, laquelle se prêta parfois au prix de trucages plus ou moins subtils à apporter des preuves "objectives" de l'existence des fantômes, le décor familier où ils se profilaient étant supposé convaincre de la réalité de leur apparition. Même si Laurence Demaison a donné le titre de Spirite à des tirages où un fantôme blanc semble contempler son ombre sur un mur, l'exigence de vérité photographique par laquelle elle s'interdit tout trucage numérique ou au laboratoire, réussit à donner une telle densité de présence à cette "apparition", qu'auprès d'elle, le monde réel se réduit à n'être plus qu'un écran où se projettent des ombres. Paul Guérin |
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