C'est d'abord une certaine qualité du vide qui interpelle le regard dans
les travaux de Nicolas COCHARD (diplômé de l'Ecole des arts décoratifs
de Strasbourg), qu'il s'agisse de ses maquettes d'appartements standard ou de
ses installations "in situ" dans divers lieux d'art.
Ce vide, rythmé
par des agencements orthogonaux de plans, parfois eux-mêmes ajourés
de découpes, n'appelle pas davantage de contenu qu'un labyrinthe à
ciel ouvert dont ces pièces, vues de dessus en évoqueraient des
fragments. Tout comme un labyrinthe oppose des murs et des chicanes aux désirs
conjoints de visibilité et du plus court chemin, ce sont les surfaces
: sols et parois, qui portent les traces d'une activité dont ce vide
aurait été le lieu.
Ces surfaces déclinent
tantôt par de franches ruptures, tantôt plus graduellement, le spectre
qui va du noir profond au blanc vierge en passant par toutes les gammes de gris,
révélant ainsi que la lumière constitue le propos et la
matière du travail de Nicolas COCHARD et que, par l'absence même
de toute image et de tout contenu nommable, ces modèles réduits
d'espaces - ou ces espaces réels, dans le cas des installations - sont
au sens originel du terme des photo-graphies : des inscriptions de lumière.
Le procédé
utilisé met en oeuvre du papier de tirage photo qui revêt en bandes
ou en segments l'ensemble des surfaces pour être exposé, selon
le cas, pendant des durées qui vont de l'instant d'un flash à
une minute à diverses sources de lumière : lampe de poche, allumettes,
jour naturel et chaque fois d'un point particulier extérieur au volume
du dispositif. Ce papier est ensuite fixé et, révèle en
négatif, du noir au blanc, les intensités décroissantes
de l'impact lumineux.
Quelles que soient
leurs dimensions, ces lieux deviennent ainsi tout à la fois l'appareil
photo-graphique et la photographie elle-même. Dans une très singulière
suspension du temps, ces volumes dévoilent, sans nulle réserve
inaccessible à l'oeil et dans l'intensité variable des gris, la
résistance de ces vides à la lumière comme si ces labyrinthes
avaient su en réduire pour une fois la prodigieuse vitesse.