Xavier CHEVALIER
bourse de la Ville de Strasbourg,1999

Il n'est peut-être pas indifférent pour approcher la démarche de Xavier Chevalier de savoir que cet ancien élève de l'Ecole des arts décoratifs y exerce également l'activité de responsable technique des expositions de la Chaufferie. En effet une telle activité touche directement à l'un des aspects contemporains de l'art dans lequel le concept de l'oeuvre et ses procédures techniques de mise en forme étant définis par l'artiste sous la forme d'un document écrit, sa réalisation concrète est déléguée aux organisateurs de son exposition. Ils doivent alors résoudre les problèmes matériels de conformité de l'oeuvre à son concept et aux normes de sécurité liées à la présence du public.

Les installations de Xavier Chevalier mettent souvent en oeuvre des matériaux, des composants et des appareils relevant du domaine du bâtiment et des travaux publics, activités toujours définies elles aussi par un plan préalable d'éxécution. Au lieu de soumettre ces éléments à des modifications d'aspect à visées esthétisantes, il les laisse dans leur état brut et élabore leur agencement spatial, leur mise en forme artistique, à partir de leurs normes techniques d'utilisation et de résistance.

Ces dernières ayant généralement pour finalité la stabilité et la solidité, la démarche de Chevalier vise au contraire à créer des dispositifs ayant pour contenu la possibilité du mouvement : soit délibéré, par suite d'un geste, d'un déplacement, d'une manipulation du "spectateur", soit accidentel, par suite d'une rupture d'équilibre des forces en jeu dans des configurations inhabituelles d'objets.

Cet accent porté sur la matérialité confère à la signification de l'oeuvre la dimension d'une intervention, d'un risque plutôt que d'un "message" et, à la différence des installations fondées sur un "contexte" particulier, celles de Xavier Chevalier établissent leur relation fondamentale avec la proximité du spectateur : avec les initiatives - simultanément physiques et interprétatives - dont il est susceptible...

L'implication du spectateur dans l'installation se retrouve dans l'oeuvre photographique : les formats permettent des représentations en grandeur nature - donc à l'échelle humaine - et le tirage sur papier brillant intègre au contenu des images le reflet du regardeur : il leur prête ainsi la mobilité qu'elles ne peuvent rendre de leur motif parce que, comme dans le cas de "La fourmilière", celle-ci est dans la réalité trop lente, trop faible pour être aisément perceptible à l'oeil nu ou à la prise de vue.

Cette tension entre une apparente stabilité et une mobilité latente, virtuelle, ces images ou dispositifs qui "contiennent" - à tous les sens du mot et parfois en poussant à la limite des normes techniques - un mouvement possible, se révèlent caractéristiques de l'art de Xavier Chevalier qui donne ainsi à pressentir tout autant l'activité secrète des forces à l'oeuvre au coeur des choses immobiles que celle du regard qui s'approche d'elles.
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