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CHRISTOPHE
BURGER prix du Conseil Général du Haut-Rhin,1993
Accordant sa faculté de se mettre à l'écoute des autres
au désir affirmé de "faire voir autrement", Christophe
Burger donne aux bijoux qu'il crée une valeur de partage opposée
à la fonction de marque d'appartenance sociale.Fidèles à son enfance collectionneuse de pierres, ses bijoux ont quelquefois été des écrins à la beauté d'éléments naturels récupérés ça et là ou à celle de matières industrielles ignorées. Nul doute que cette chasse au trésor n'ait été fructueuse, mais aussi très répandue parmi les créateurs de bijoux contemporains. Mais alors qu'un grand nombre d'entre eux se refusent à utiliser les matières précieuses traditionnelles, Christophe Burger, qui peut se flatter d'avoir été un des premiers à utiliser le titane, ne se prive pas pour autant du plaisir de couler l'or ou l'argent avec la fascination intemporelle des alchimistes. Tout précieux que sont les métaux et les pierres qu'il utilise, combinés à d'autres ou isolés, ils n'entrent dans ses compositions que pour leur couleur ou leur lumière, avec une distinction qui proscrit le clinquant. A la pureté de ces matériaux, va correspondre la pureté des formes. Dessinés dans une première phase, et non plus spontanément construits à partir d'éléments de récupération, ses bijoux, résolument contemporains, s'apparentent à l'art constructiviste. Leur beauté jaillit d'une réorganisation abstraite de lignes, de formes et de couleurs. Imbriquant quelques fois le bijou dans un tableau, Christophe Burger aime abolir la frontière entre l'artisan et l'artiste. Toute trace du labeur de l'artisan est effacée de ces objets réalisés de manière précise et méticuleuse. Rien ne doit parasiter le sentiment de perfection, d'harmonie que l'orfèvre veut partager avec son public. Abstrait, sophistiqué et limpide à la fois, son art évoque vaguement quoique immanquablement un raffinement Zen. Les subtiles nuances des couleurs, les modulations mathématiques des lignes et des formes dématérialisant même les métaux qui les composent, font du bijou le symbole sensuel d'une aspiration à l'élévation spirituelle. Cette tentative symptomatique de l'art de Christophe Burger, de sublimer la matière par l'épure, est d'autant plus troublante qu'elle se propage au corps même de celui qui, sur le vêtement ou à même la peau, choisit de porter le bijou. A partir de leur structure, se dessinent des lignes virtuelles tout autour du doigt, de la main, du torse ou du corps entier. Lignes invisibles certes mais qui semblent faire écho à la perception d'un espace intime. C'est ainsi que nous ayant d'abord donné à voir le visible dans ces écrins pour trouvailles géologiques ou par ses détournements de matériaux industriels, Christophe Burger tente aujourd'hui de rendre sensible à la beauté structurale de lignes invisibles celui qui veut bien se laisser séduire. Evelyne LOUX |
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