REMY BUCCIALI ET CHRISTINE CROZAT bourse du CEAAC,1990
Lorsque
Rémy Bucciali veut définir ce qui est à la fois l'idéal
et la méthode de sa démarche, c'est une comparaison avec l'art
musical, et plus particulièrement, l'interprétation orchestrale,
qu'il aime à développer.
Il considère
en effet que les idées et les formes qu'un peintre lui propose à
l'orée d'une collaboration (qui durera plusieurs jours) se présentent
à lui comme la partition d'un compositeur à un chef d'orchestre
qui s'en serait vue confier la création publique.
Sa parfaite connaissance
des possibilités de la gravure, explorées par une ingéniosité
artisanale séculaire et accrues de quelques trouvailles personnelles,
lui permet de déterminer très rapidement les moyens (outils, sucres,
résines, vernis, temps de morsure, choix des encres et du papier) nécessaires
à chaque étape de la réalisation de l'oeuvre, de telle
sorte que le peintre puisse se consacrer exclusivement à l'élaboration
de son projet plastique. Mais, surtout, son expérience d'artiste-interprète
lui donne la capacité d'analyser dans son détail comme dans son
desseins la proposition qui lui est soumise et d'en dégager les lignes
de force, la complexité, tout comme l'expérience et l'étude
du répertoire est à la base de l'intelligence et de l'interprétation
d'une partition nouvelle pour un chef d'orchestre.
Invitée
dans l'atelier de Rémy Bucciali par le CEAAC, Christine CROZAT, qui depuis
de nombreuses années pratique exclusivement la gravure, a pu y réaliser
des séries d'oeuvres où se manifeste son étonnante maîtrise
dans la scansion du temps et la croissance des formes propres à cet art.
La ferme décision
de son geste engendre en effet des tracés qui, sur chacune des plaques
successives utilisées, s'imposent de manière autonome, avec une
grande évidence plastique, dès avant que l'esprit ne découvre,
sur des tirages juxtaposés, la présence divisée d'une unique
figure féminine. Ailleurs, une subtile variation de tailles, sur un motif
évoquant une amphore, semble suggérer que le contenu de ces oeuvres
pourrait bien être la grâce souveraine de leur dessin, retenant
ou libérant à son gré, à son rythme, l'objet qu'il
laisse à pressentir.