François
BRUETSCHY prix du Conseil Général du Haut-Rhin,1991
Dans son atelier de Mulhouse, François Bruetschy se livre à une
aventure solitaire bien éloignée des mouvements et des groupes
qui occupent la scène artistique contemporaine. Sur la surface de ses
toiles, l'artiste inscrit un langage de formes et de signes peu identifiables,
presque une écriture secrète dont le sens nous échapperait
si certains éléments n'apparaissaient pas comme des repères.
S'il peint l'extinction du sujet, François Bruetschy laisse transparaître
le réel dans ses oeuvres. Sa peinture est habitée par une mémoire
: elle nous livre le souvenir du quotidien, un presque rien de l'univers du
peintre. Ses tableaux mettent en scène des plans colorés : ils
racontent l'histoire des évènements picturaux, leur enchevêtrement
mais aussi leur effacement. Au sein de la toile, l'agencement des surfaces peintes
obéit à une logique propre. Les dessins constituent souvent un
répertoire de formes premières pour l'oeuvre peint.
Les paysages abstraits de François Bruetschy révèlent l'influence
de l'art informel de Cobra et de la peinture spontanée des expressionnistes
américains. Peu sensible aux drippings de Pollock, François Bruetschy
s'est intéressé davantage aux abstractions colorées de
De Kooning et aux "aplats monocordes" de Motherwell : il emprunte
à ces deux artistes la gestualité de sa touche. Mais François
Bruetschy paraît plus proche encore d'Henri Michaux. Comme l'auteur d'Emergences-Résurgences,
il cherche à rendre "le lieu sans lieu, la matière sans matérialité,
l'espace sans limitation" et à représenter "l'objet
quand il a cessé d'être pesant, cessé d'être impénétrable,
cessé d'être objectif, cessé d'être fixe ; intact
et pourtant ruiné".