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Klara BECK Bourse du conseil général du Bas-Rhin « La photo ne veut rien dire, elle ne dit rien, ne prouve rien. » Henri Cartier-Bresson, interview, Le Monde, 5 septembre 1974 On ne trouvera dans les photos de Klara Beck ni la volonté de surprendre, ni d'informations essentielles sur les personnages ou les lieux qu'elle a photographiés. Les êtres et les choses restent à leurs places respectives, et si solidement que cela peut paraître anachronique. Il est en effet difficile de la lier aux grandes lignes de la photographie contemporaine. Rien de spectaculaire. Elles évoquent tout au contraire un certain goût pour le quotidien, les situations familières, et cela sans même renverser la hiérarchie entre les êtres et les objets. Ses photographies nous apportent un regard qui s'étonne sans fin de la vie des autres, de la manière dont les formes et les attitudes s'agencent et se nouent entre elles. Elles nous le montrent d'une manière distante, presque indifférente, mais en leur donnant cette atmosphère à la fois géométrique et ouatée, d'intérieur fonctionnel et intime. Une légère distance qui contraste avec sa volonté de rencontre, de chercher parfois très loin ses modèles. Quand elle voyage jusqu'au bout du monde pour en rapporter des images, celles-ci sont troublantes de banalité. On y voit des familles en Chine, en Mongolie, des passants dans les rues de Bamako avec les attitudes de chacun. Les plages de Thaïlande photographiées avant le Tsunami, sont comme elles auraient toujours dû rester, des baignades en Corse pourraient être une parfaite allégorie du bonheur. On retrouve en effet une permanence des signes qui ne sont que l'expression du subtil mais intense plaisir d'être là, de se sentir vivre à un endroit et avec des personnes précises, le tout délicatement mêlé de l'angoisse du temps qui passe et d'une certaine précarité. La série des portraits en est peut-être la plus révélatrice. Peut-être parce qu'on y lit mieux ce qui est en jeu dans les autres photos. Un surprenant effet de vases communicants fait que des personnes que nous croisons ou sommes susceptibles de rencontrer plus facilement que les familles Mongoles, révèlent, selon les modèles, un peu de majesté africaine inconnue, un air soudainement mystérieux, que l'on croirait un peu chinois, ou dédaigneux de passant new-yorkais. Par un sens exercé de la poésie de la lumière, cette travailleuse acharnée respecte pourtant religieusement ses sujets, ne modifie pas leur forme, ne leur demande rien, ne cherche pas à déchirer leur enveloppe ou à briser leur coquille. Elle ne nous montre aucune vérité sur ses modèles. D'ailleurs qu'en ferions-nous ? Ses photos sont traversées par une simplicité quasi végétale, tant les formes, les lignes, les lumières semblent s'y être déployées selon une inspiration aussi profonde que raisonnée. D'une photo à l'autre se dessine ainsi une nette frontière entre la figure et le fond. Si l'on applique cette observation à l'ensemble de ses séries, on constate que toutes les personnes qu'elle a photographiées, et bien au-delà des portraits, semblent être faites d'un autre matériel atmosphérique que leur environnement. Cette densité leur a permis de parvenir à une présence silencieuse et souveraine qui ressemble beaucoup à la présence discrète, imposante et anachronique d'un fruit mûr. Une sensation qui transforme un motif banal en un sujet unique. C'est sans doute cette sensation qui est le véritable sujet de la photographie de Klara Beck. Fabrice Hergott |
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