L'une des pièces les plus "emblématiques" de la démarche
de Cyril Barrand évoque par sa construction géométrique
une représentation didactique d'une molécule chimique à
l'aide de boules, de tiges, de ficelles auxquelles sont curieusement noués
çà et là des crayons ; présentée au mur,
elle a pour titre : "dessin".
Brouillant ainsi
ironiquement les distinctions usuelles entre les disciplines de la création
et subordonnant leur significations possibles à l'exposition claire de
leurs éléments et procédés constitutifs, les oeuvres
de Cyril Barrand sont des objets tantôt à deux, tantôt à
trois dimensions et cette ambivalence formelle donne à l'ensemble de
son travail une cohérence singulièrement forte.
Celle-ci est due non seulement à la structuration discrète de
ses grands "tableaux" composites par les contours de ses "sculptures"
réalisées en bois, en métal, en caoutchouc, mais, plus
radicalement, à une poétique des matériaux sensible aux
suggestions de sens dont ils sont capables et à une inventivité
combinatoire assez systématique, précise et ludique pour prêter
un semblant de "vie" à de tels imprévisibles agencements.
Les découpes
et superpositions, les tracés et graphes de ses panneaux sont autant
des objets en eux-mêmes que des allusions - rappels ou projets - d'autres
objets, mettant ainsi en évidence, en chaque pièce et des unes
aux autres, une "esthétique de la liaison" au fondement du
travail de Barrand qui, depuis ses oeuvres utilisant des chambres à air
et autres textures gonflables, pliables, cousues, ligaturées, greffées
vérifie comme dans le cas d'un organisme vivant, "l'idée
que si ça fonctionne bien, c'est parce que tout est correctement raccordé".