WILLAUME ALAIN
La ligne des amers
1997
Berges du Rhin. Gambsheim, Chemin en crête de digue, entre les bornes 306,5 et 308, en amont des écluses.
15 bornes kilométriques de navigation fluviale : béton peint en blanc et photographies sérigraphiées sur lave émaillée (1,70 / 2,10 / 0,10 m chacune)


amer : n. m. (1683. mer (c), scandin. merki V. Marque). Mar. Objet fixe et visible servant de point de repère sur une côte. (in Petit Robert)
Le long du Rhin, une installation à parcourir lentement, pour méditer. Le promeneur longe une succession de quinze bornes dont chacune porte la photographie d’un paysage. Quinze paysages situés aux antipodes du fleuve, aux marches de la forteresse communautaire européenne; habités par la sérénité des confins ou l’inquiétude des lignes de partage, ce sont des sanctuaires “dédiés” à l’appel du large ou à la peur de l’autre. Quinze paysages fragiles, fixés dans la fragilité de l’émail blanc, matière lumineuse, incorruptible, élue des nécropoles pour retenir les visages d’au-delà. Quinze paysages invités à dialoguer au long du fleuve en une song line offerte au promeneur, fixés dans la fragilité de l’émail blanc, matière lumineuse, incorruptible.

Sombre méditation photographique sur les marches d’une Europe frôlée par l’ombre de la guerre : la plupart des images ont été réalisées entre 1991 et 1994 pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Les photographies (60 / 90 cm) de la Ligne des amers entrent en résonance avec le lieu de l’installation et évoquent la tension entre deux démesures qui hantent ces terres périphériques : celle du vertige des confins et celle de la barbarie des frontières politiques.

Images de peu de lumière, prises au bord du gouffre, en contact étroit avec les éléments : l’eau, le ciel, la terre et le vent y semblent parfois saisis à l’instant de leur difficile partage et dans une atmosphère dont la densité et la matière paraissent rendre perceptibles les atomes constitutifs, selon Lucrèce, “de la nature des choses”. Les hommes sont absents de ces terres d’ombre. Pourtant des architectures ou des dispositifs oubliés - miradors, éoliennes, cornes de brume, chaînes, phares - symboles d’une grandeur passée ou d’une déroute en cours, évoquent leur inquiétude ou leur mystère.

Alain Willaume

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