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Bernard VENET Ligne indéterminée 1990 Place de Bordeaux à Strasbourg acier peint En ville, rares sont les itinéraires volontairement indéterminés qui permettent la flânerie. Or Bernar Venet installe au milieu de la place de Bordeaux à Strasbourg une Ligne indéterminée : une ligne dans l’espace, comme la matérialisation d’un geste spontané, celui de la main de l’artiste esquissant un croquis abstrait. Ce “gribouillage, ce tracé rudimentaire à l’apparence barbare” (1) prend la forme d’une spirale en acier. Non pas une spirale élaborée selon une règle mathématique rigoureuse mais une spirale aux torsions aléatoires et spontanées, comme si cette ligne possédait son propre libre-arbitre. Par une action répétée de torsion qui prouve la détermination, la volonté de l’artiste de provoquer les limites plastiques de la matière, l’oeuvre se révèle être indéterminée par le fait même de cette répétition. Certes la répétition inclut potentiellement l’existence d’une fin, mais cette fin n’est qu’une suspension; la ligne de Bernar Venet aussi s’achève mais elle suggère sa continuation dans l’espace. Ainsi, toute l’action déterminée de l’artiste a consisté ici à créer une œuvre indéterminée. C’est là où réside l’attrait pour cette ligne indéterminée et pour le travail général de l’artiste : s’appuyer sur les écarts entre ce qui relève du développement chaotique ou du développement ordonné d’une chose. Ces Lignes indéterminées, car le plasticien en a créé plusieurs “variantes” dans diverses villes du monde, captent le regard devant l’aspect brut voire brutal de l’acier, d’autant plus qu’il est peint en noir. La sculpture ne cherche pas la complicité ou le dialogue avec le site environnant. Finalement, le regard se perd et cherche l’équilibre là où il n’y en a pas; en contournant la sculpture, la ligne se dérobe à nos yeux, elle se tord et se noue sans réel dénouement. (1) in Bernar Venet, Sculptures. Philippe Weiss
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