DANIEL PONTOREAU
Pierre trouée, à Jean Clareboudt
place du Marché Gayot à Strasbourg
fonte
1992

Onze années après le Champ du feu, Daniel Pontoreau a installé à Strasbourg, Place du Marché Gayot, une œuvre intitulée Pierre trouée (à Jean Clareboudt) en mémoire du sculpteur disparu il y a quelques années. Au fur et à mesure des mois, cette pierre de métal a su d’autant plus s’intégrer au cœur de la place qu’elle prit de la patine, ce dépôt et cette couleur caractéristiques qu’acquiert tout bel objet avec le temps. Mais la finalité d’une telle sculpture n’est jamais de se fondre dans le paysage, surtout si ce paysage est urbain. Une œuvre d’art - fût-elle délibérément discrète - n’a pas pour vocation d’être inaperçue ni non plus de ressembler à la nature. Daniel Pontoreau tient en effet toujours à marquer ses objets de quelques traces de sa main ou de son travail, comme pour nous rappeler qu’ils sont le fruit d’une activité, d’une pensée qui s’inscrit tout autant dans des matériaux que dans l’espace et dans l’histoire d’une ville. Au premier regard l’oeuvre se présente comme une pierre véritable telle une météorite tombée du ciel. Après tout, le titre de l’oeuvre est bel et bien une pierre, le travail de l’artiste se matérialisant par la présence des trous visibles sur sa surface. Pourtant, un deuxième effort perceptif voire tactile du spectateur le conduira à se rendre compte que cette pierre trouée est en métal, plus précisément en fonte. Daniel Pontoreau travaille ainsi sur le décalage entre signe et objet, entre ce qui est nommé et ce qui est véritablement visible.

Mais laissons-nous aller au simple plaisir de la contemplation : la Pierre trouée est avant tout une chose dont la présence muette nous interroge, peut-être parce qu’elle dialogue sans la dominer avec la taille humaine. Elle existe presque comme une personne, en tous cas avec la liberté d’une chose qui ne se soumet à aucun usage. Finalement, la Pierre trouée s’offre amicalement comme une rencontre qui donne à penser, à imaginer, donc comme une occasion précieuse de s’accorder un moment de liberté.

Paul Guérin

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