KATSUHITO NISHIKAWA
Aqua
2001
5 sculptures en béton blanc d’environ 50 cm de haut, 90 cm de diamètre et de 300 kg
posées à l’emplacement des anciens bassins du parc de Wesserling (vallée de Thann, Haut-Rhin)

Le travail artistique de Katsuhito Nishikawa, certes polymorphe, instaure toujours un rapport direct voire affectif à la nature. Ici, ces sculptures sont disséminées à travers le parc du château de Wesserling et s’immiscent au coeur des anciennes réalisations paysagères, en invitant le spectateur à la promenade. L’artiste compose, comme en musique, un thème et variations. Une sculpture identique en forme de tore, telle une matrice reproductible à l’infini, est liée au thème central Aqua c’est-à-dire “eau” et se retrouve mise en scène au sein du parc.

Ces sculptures, dont la matière tranche avec la nature environnante sont traversées de nervures dynamiques tel un tourbillon qui se formerait à la surface de l’eau. Elles sont en béton blanc dont la forme épurée oscille entre ce qui relève directement de la nature et ce qui relève de l’artefact. Car Nishikawa, dans le droit fil de la tradition japonaise de l’art du jardin, joue de ce jeu subtil et délicat entre une nature au développement anarchique et une nature raisonnée présentée en réduction d’échelle. Mais l’univers végétal et minéral regorge aussi de formes géométriques parfaites, le développement d’une fleur ou d’un cristal s’organise souvent selon un schéma mathématique rigoureux. Les sculptures du parc pourraient dès lors constituer des éléments organiques - floraux ou animaux - aux dimensions exceptionnelles mais désormais fossilisés, comme des traces laissées par quelque période glaciaire ou quelque océan d’une ère révolue. Une forme est délicatement posée au centre d’une fontaine asséchée et l’on pense à un coquillage qui semble redonner un soupçon de vie aquatique là où il n’y en a plus : il n’est pire eau qu’une eau qui dort.

L’art de Nishikawa propose ainsi une expérience sensible dont la finalité serait de réconcilier le temps de la déambulation à travers le parc et le temps propre, immémorial, de la nature qui constitue l’environnement originel et le plus immédiat de l’homme.

Philippe Weiss

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