MARC LINDER
Moucharabieh
2004
Château du Spesbourg, commune d'Andlau
Grès

L’œuvre de Marc Linder, installée dans la ruine du château de Spesbourg est la première en laquelle s’opère un croisement de la Route des Châteaux d’Alsace et de la Route de l’art contemporain.

Sous un mode qui rappelle les Vitraux de Lothar Quinte et Sibylle Wagner, son principe consiste en l’introduction dans l’une des baies de cette ruine d’un fenestrage inspiré de celui des moucharabiehs. Une telle virtuosité dans l’usage du grès est caractéristique du travail de cet artiste, ancien lauréat d’un prix du CEAAC, qui présente la particularité d’être à la fois un artisan hautement qualifié, restaurateur d’édifices et de monuments anciens, et un créateur d’art contemporain.

Ses sculptures contemporaines mettaient souvent en jeu la combinaison en la même œuvre d’une forme créée par taille directe avec une autre forme née de l’assemblage des « chutes » de cette opération. Utilisant cette fois-ci des plaques de grès méticuleusement ajourées, ce sont des fragments de lumière qu’il semble avoir agencés, par la différenciation subtile de leurs découpes . Et la résille de grès vient alors ajouter à la silhouette caractéristique de ce château, le détail précieux d’un dessin de pierre tracé dans la béance de cette baie et se détachant sur le fond du ciel.

Installée durant l’été 2004 dans le cadre de « Transparences, Itinéraires d’art contemporain dans le Pays de Barr et de Bernstein », cette oeuvre a manifesté une pertinence qui lui a ainsi valu d’être désormais conservée sur son site à titre permanent. L’intégration – a priori surprenante et en fait harmonieuse ¬ de cet élément inspiré de l’architecture arabe à ce château, considéré à juste titre comme un élément du patrimoine local, résulte bien sûr de l’usage du grès, matériau commun à l’œuvre et aux autres fenêtres de l’édifice, mais elle rappelle aussi que ces deux formes architecturales proviennent de l’époque médiévale, c‘est-à-dire d’une période lors de laquelle le grand commerce européen et les croisades ont permis l’introduction d’objets ou de motifs « exotiques » dans le cadre de vie occidental.

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