À fleur d'eau , de Cathy Gangloff Installée depuis la fin de l'année 2004 sur le plan d'eau du Pôle européen de l'entreprise , à Schiltigheim, l'oeuvre de Cathy GANGLOFF intitulée A fleur d'eau occupe à plus d'un titre une place originale dans l'ensemble des projets artistiques qui jalonnent la Route de l'art contemporain en Alsace élaborée par le CEAAC depuis de nombreuses années. Cette œuvre est en effet la première à dialoguer avec la surface de l'eau qui par son reflet tout à la fois en dédouble et “complète” la structure apparente. Dans la thématique des rapports de l'art avec la nature développée par le CEAAC dans son programme artistique, ce projet apporte donc un volet nouveau aux relations avec le monde végétal des œuvres du parc de Pourtalès ou au rapport avec le ciel impliqué par le Puits voleur de Patrick Bailly-Maître-Grand au Jardin de l'Orangerie ou Méditation de Mac Adams dans le parc de l'Université. Composée d'un ensemble de cinq sculptures faites d'un agencement de plans peints chacun d'une couleur vive, À fleur d'eau revêt au premier regard une qualité abstraite qui affirme son origine dans le travail pictural de Cathy Gangloff. Mais par un subtil paradoxe, un effet de surface, engendré par le reflet de ces formes géométriques dans l'eau, transforme ces plans en volumes qui en viennent même à évoquer l'image stylisée de fleurs aquatiques. Leur polychromie crée alors un contraste visuel stimulant avec la dominante grise des architectures qui forment son environnement tout comme avec le ciel qui se reflète dans cette pièce d'eau. D'une manière très différente du vigoureux graphisme noir de la Ligne indéterminée de Bernar Venet, installée place de Bordeaux à Strasbourg, cette œuvre met en évidence le ressort que la sculpture contemporaine trouve dans la couleur, plus particulièrement lorsqu'elle est amenée à prendre place dans le milieu urbain. Bien que ces sculptures soient, pour d'évidentes raisons de sécurité, solidement arrimées au fond de l'eau, l'inclinaison de leurs plans suggère l'idée d'un certain dynamisme, comme si ces surfaces s'offraient comme des voiles à la pression du vent ou manifestaient comme des pétales de fleurs la poussée plus secrète d'une éclosion... Situés ainsi à la convergence de la peinture et de la sculpture, inscrits dans un environnement réel mais aussi ajointés à leur reflet, dispersés sans ordre apparent, comme si, malgré l'évidence de leur fabrication humaine, un pur caprice de la Nature les avait déposés là, les éléments qui composent À fleur d'eau sont, par leur discrète et élégante étrangeté, parfaitement représentatifs de la subtilité des expériences visuelles et intellectuelles que la création artistique propose au regard surpris et curieux du promeneur. Paul Guérin avril 2005
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