MICHEL DEJEAN
La caravane passe
1995
Entre Stutzheim et Offenheim
bronze, 3/3,30/0,90 m.


Michel Déjean offre à notre regard l'image archétypale d'une maison: la maison réduite à sa plus stricte frontalité, l'objet sensible réduit à son signe le plus simple. Michel Déjean porte en effet une attention particulière au thème de la maison, à ses formes et ses symboles. Cette œuvre illustre le geste artistique dans toute sa spontanéité et donne formellement l'apparence d'une esquisse rapidement réalisée, un comble pour toute sculpture de bronze issue généralement d'un long processus de réalisation. C'est une maison rudimentaire, originelle, réduite à son contour, fragile aussi car dénuée de fondations, attachée qu'elle est à un chariot constitué de deux essieux. Serait-ce un vestige de temps anciens? Le matériau utilisé, un bronze volontairement oxydé, fait aussi allusion aux nombreuses trouvailles archéologiques sur le sol alsacien. Mais le thème central semble bien être le passage. L'histoire des religions, l'ethnologie nous rappellent combien la vie est traditionnellement ponctuée par des rites de passage. Or, franchir le seuil de cette maison, c'est entrer dans la dimension de l'art au cœur de la nature, c'est accomplir en quelque sorte un rite de passage artistique. Le vide dont l'œuvre est principalement composé est essentiel, c'est lui qui permet cette transparence, ce dialogue avec l'espace environnant. Ainsi, à l'instar des derniers travaux minimalistes de l'artiste, cette sculpture se confronte et s'intègre à la fois à l'espace et, finalement, le transforme. En même temps, cette sculpture et son socle d'essieux, entretient le paradoxe entre une réalité statique et une apparence de mobilité; elle semble presque se jouer des exigences du lieu qui l'a accueillie: la caravane passe quand même. Pourtant, elle reste là, comme abandonnée par ses propriétaires nomades, dans le Kochersberg, entre les villages de Stutzheim et Offenheim, le long d'un axe de passage fréquentée depuis la plus haute antiquité. Michel Déjean évoque finalement avec humour quelque «maison sur roulette» qui commémorerait l'ancien tramway qui passait jadis par cette route.

Philippe Weiss

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