PATRICK BAILLY MAÎTRE GRAND
Le puits voleur
1994
Parc de l’Orangerie de Strasbourg
béton, résine polyester, verre, miroirs
sérigraphie de la lune sur plexiglas
diamètre du dôme : 4.5 m.
hauteur : 2.5 m.

Vue de loin, cette œuvre installée dans son cadre de verdure au cœur du parc de l’Orangerie de Strasbourg, interpelle délicatement le regard : s’agit-il d’un temple, le pendant du temple décastyle, dit “temple de l’amour” déjà présent dans le parc ? En s’approchant, la rigueur - mais non pas rigidité - de la structure composée de 4 piliers supportant un dôme nous oriente déjà plus vers l’hypothèse d’un observatoire astronomique.

De près, on observe la voûte céleste composée d’exactement 500 astres qui semble en apesanteur, effleurant les extrémités des quatre piliers situés aux quatre points cardinaux. Cette voûte est à portée de main : l’artiste aurait-il réussi à comprimer l’univers et à le transposer à l’échelle humaine ? Point de lunette astronomique dirigée vers le ciel : à la place se trouve un puits au fond duquel rayonne une pleine lune. Nous sommes émerveillés devant le stratagème, comme si, à l’instar de Galilée nous contemplions pour la première fois de si près la Lune.
Y-a-t-il de l’eau sur cette lune et dans ce puits ? Pourquoi le puits voleur ? Cette lune n’est-elle pas enfouie sous terre, au fond de ce “puits d’apparence“ (1) dans lequel elle semble captive ? A cette profondeur sans lumière, la lune devrait normalement nous dévoiler sa face cachée et pourtant elle est radieuse, plus nette que jamais. L’installation ne se trouve pas au hasard au cœur d’un jardin paysager à l’anglaise qui donne l’illusion du désordre, car l’oeuvre de l’artiste donne l’illusion d’un ordre cosmique : ce n’est pas précisément la lune que l’on voit mais l’image, le reflet, l’“icône lumineuse de la lune” (2), démonstration poétique des sciences qui tentent perpétuellement de comprendre, voire de dompter les lois de la nature, c’est-à-dire la réalité sensible. “Le puits voleur : équivalence de l’image et mirage du miroir pour un simulacre de genèse. Tout est dit“ (3).

Philippe Weiss

(1-2-3) : in Le puits voleur, de Patrick Bailly-Maître-Grand, 1994, édition du CEAAC. Les citations sont de l’artiste.

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