CLAUDIO PARMIGGIANI
Il bosco guarda e ascolta
1990
bronze et végétation naturelle
8 éléments de 110 cm de haut


Il bosco guarda e ascolta : la forêt regarde et écoute. Habitués à regarder et écouter la nature, nous sommes désormais sur nos gardes, c’est elle qui nous observe. Fatiguée de supporter les outrages de l’homme qui tente vainement de l’imiter, dans sa ruse ou sa sagesse il semble bien que la nature s’est pourvue d’oreilles et d’yeux anthropomorphes; de forme humaine certes, mais de taille inquiétante, du moins étrange. Comme souvent dans le travail de Parmiggiani, l’oeuvre est ici composite, hybride, puisqu’elle combine des éléments végétaux, des arbres sur lesquels apparaissent des yeux (les traces laissées par la coupe opérée sur des branches proches de la racine), et des éléments de bronze qui constituent des oreilles : à la fois rappel à l’oreille coupée de Van Gogh et reproduction agrandie d’après un modèle de sculpture antique. La Nature et l’Antique, deux dimensions qui restent présentes dans l’art de Parmiggiani. Dans cet espace végétal “où existe encore et résiste la vérité de la nature” (1), la discrétion est de mise. Mais l’oeuvre attire, elle appelle en tout cas le spectateur à vivre une expérience à la fois physique et métaphysique ; Il bosco guarda e ascolta possède un certain caractère onirique, l’oeuvre provoque cette agréable sensation que l’on a parfois en étant à demi éveillé, cet état où toutes les projections sont encore possibles : “il se fait comme ça, entre les rêves et la conscience éveillée, des échanges mal définis : une sorte d’osmose” écrit Aragon. Peut-être aura-t-il suffi d’un bruissement nocturne pour que ces pavillons auriculaires émergent de terre, que ces yeux affleurent en surface de l’écorce pour mieux voir au dehors. Mais plus que d’apparition soudaine, il s’agit d’une lente mutation : la nature a récompensé notre exploration discrète mais soutenue de son espace en nous révélant son âme, ses métamorphoses intérieures, il semble qu’elle nous expose son inconscient en le réifiant. Et l’on sait combien l’oreille peut être l’expression symbolique du désir. La nature et l’homme seraient finalement étrangement liés.

(1) Claudio Parmiggiani, Il bosco guarda e ascolta, Pratiche editrice et La Nuée Bleue, 1990.

Philippe Weiss

Retour Espace Public Retour