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BARRY FLANAGAN The Bowler 1992 bronze 305 / 85 / 224 cm Durant un entretien radiophonique, Barry Flanagan déclara se souvenir avoir aperçu en février 1978 “ lors des dernières chutes de neige, un lièvre, très à l’aise, bondissant d’est en ouest sur les Sussex Downs”. Ce souvenir de lièvre, Flanagan l’a maintes fois matérialisé. Ici, la jubilation avec laquelle l’artiste, très tôt imprégné de pataphysique, semble avoir créé sa sculpture et se retrouve dans la taille “ubuesque” de ce lièvre. Flanagan expose son goût pour l’absurde et la dérision. Mais que vient faire au cœur du Parc de Pourtalès ce lièvre à la posture anthropomorphisée, adepte du jeu anglais par excellence, le cricket, s’apprêtant à lancer énergiquement une balle en direction d’un adversaire virtuel ? A moins que ce lièvre exécute un pas de danse endiablé. Laissons libre cours à notre imagination, surtout que l’artiste voit avant tout dans ses sculptures de lièvres, chevaux et autres éléphants des “modèles de ressources expressives”. Ainsi Flanagan s’attache à renouveler et enrichir la tradition de représentation non objective et poétique d’animaux. Regardons l’allure de ce lièvre, il est certes filiforme de la tête aux pattes, mais sa morphologie ne semble composée que par le biais de subtiles anamorphoses, par “amour de la forme détonnante” ( Pierre Dardenne) : des oreilles démesurées à la jambe gauche déployée vers l’avant, toute la sculpture exprime le mouvement, mouvement d’autant plus accentué que Flanagan laisse volontairement apparentes les traces dynamiques de modelage, révélant le travail plastique et expressif du sculpteur au détriment d’une perfection formelle classisante. Le lapin est une “réponse formelle dans le cadre de la sculpture”(1). Ainsi, The Bowler offre une représentation sculpturale à la fois “décomplexée” et excentrique d’un lièvre, mais l’artiste a gardé de la tradition l’usage du socle, The Bowler ne repose pas directement au sol : ce lièvre ne va donc pas s’enfuir à notre vue, nous avons donc tout le loisir et le plaisir de lui rendre visite. (1) Entretiens avec Barry Flanagan, in Un siècle de sculpture anglaise, Paris,Galerie Nationale du Jeu de Paume, 1996, page 339. Philippe Weiss
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