Jimmie DURHAM
Détour
2005

Détour

Le bloc de granit et le tuyau métallique qui composent Détour appartiennent certes au vocabulaire plastique par lequel Jimmie Durham, artiste d’origine Cherokee, développe dans ses objets ou ses performances un discours souvent empreint d’ironie critique à l’égard de l’attitude du monde de l’art face aux créateurs issus de cultures non occidentalisées. Toutefois, par leur mise en jeu dans ce projet conçu spécifiquement pour ce site, son propos, tout en suggérant « une allusion à la nature explicable de phénomènes ayant lieu tous les jours » comme sens le plus manifeste de cette œuvre, participe avec pertinence à une remise en question des rapports entre l’art et la nature, consécutive aux deux tempêtes qui ont frappé le parc de Pourtalès.

Découverte inopinément par le regard en bordure d’une pelouse, comme « tombée du ciel », cette boule de granit s’impose avec l’évidence muette et massive des évènements qui surviennent brutalement dans un environnement familier même si avec sa forme arrondie – malgré sa dureté – par l’érosion glaciaire, elle donne également une idée de la lenteur puissante des processus naturels. À l’inverse, le caractère artificiel du tuyau peint, avec ses fragments soudés, ses tronçons rectilignes changeant de direction par des coudes à angle droit, paraît tout aussi évident. Pourtant, cette distinction claire entre ce qui relève de la nature, d’une part, et de l’intention, de l’activité humaines, de l’autre, ne tarde pas à se brouiller : vu de profil, ce tuyau émerge du sol et s’articule pour épouser le contour de la pierre comme le ferait un reptile sortant de terre pour serpenter quelque temps sur l’herbe avant de replonger sous la surface en fin de parcours.

Ce qui apparaissait comme une étrange installation technique revêt alors un caractère vivant : dynamique et relationnel. Après avoir surmonté la pierre, le trajet du tuyau semble s’orienter vers un arbre du parc dont il se détourne inexplicablement pour reprendre sa direction initiale et disparaître comme il est venu. Mais entre-temps, son énigmatique parcours n’en aura ainsi pas moins silencieusement suggéré au regard les liens désormais noués entre ce qui survient d’extraordinaire et ce qui a toujours été là et rendu plus sensibles par le tracé de sa couleur – très proche de celle des feuilles d’automne ! – les discrètes inflexions du relief de la pelouse. Et, d’une façon plus générale, il aura rappelé à l’esprit, par son trajet en surface et son va-et-vient avec le sous-sol, les relations entre le visible et l’invisible, entre le caprice d’un tracé et l’obscure nécessité des cycles naturels….

Paul Guérin .
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